Déjà de réelles découvertes archéologiques à la ZAC Innovia

Ayant débuté le 8 juin 2020, la fouille archéologique se déroulant à Choisey devrait s’achever à la fin du mois d’avril. Au terme de ces dix mois de recherche, la quinzaine d’archéologues de l’INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives) devront quitter les lieux, puisque les travaux de la base logistique Colruyt doivent débuter à l’automne. Bien loin d’être vaine, cette fouille archéologique a déjà permis la découverte de vestiges, notamment datant du Mésolithique (vers 9600-6000 av. J.-C.) et du Néolithique (vers 6000-2200 av. J.-C.). Reportage.

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À une cinquantaine de centimètres sous terre, les archéologues découvrirent les trous de poteaux d’un habitat préhistorique.

Dans le sillon d’anciennes fouilles archéologiques

Depuis les années 1990, non loin de Dole, plusieurs campagnes de fouilles archéologiques se sont succédé. C’est ainsi qu’en 1995, lors des fouilles précédant l’aménagement de l’A39, les archéologues découvrirent une nécropole gauloise. Des habitats mésolithiques, de l’âge du Bronze (vers 2200-800 av. J.-C.) et gaulois (200 av. J.-C.) furent aussi mis au jour.

Alors, la zone Innovia fit l’objet entre 2004 et 2005 de diagnostics archéologiques, où deux à trois mille sondages furent réalisés. L’objectif était de vérifier si cette zone avait un intérêt archéologique. En 2005, le ministère de la Culture décréta donc six zones de prescription archéologique sur les soixante-dix hectares sondés.

Régis Labeaune, l’archéologue responsable de l’actuelle opération, souligne le principe des fouilles archéologiques préventives : « quand quelqu’un va venir s’implanter, les fouilles vont se faire, c’est pour cela que toutes les fouilles n’ont pas été faites en même temps ». Ainsi, en 2008 et 2009, puis en 2011, les archéologues fouillèrent déjà le sol sur les communes de Choisey, Damparis et Tavaux. Rapidement, des découvertes furent faites, telle la sépulture dite de la princesse de Damparis. Un véritable pôle archéologique qui permet au Grand Dole de rayonner culturellement.

Ce travail demeure néanmoins nécessaire pour appréhender, notamment les époques les plus reculées.

Une plaine riche en vestiges archéologiques

La SEDIA, la société qui a commandé les travaux, a choisi l’INRAP pour mener la fouille, avant l’installation de la base logistique. Couvrant la quatrième zone de prescription archéologique, celle-ci se déroule « en bordure des fouilles de l’A39, à proximité des fouilles de 2011, et pas très loin des fouilles de 2008 », note un archéologue.

« Du 8 juin au mois de septembre, on a décapé les sept hectares et on a trouvé des structures », indique Régis Labeaune, avant de poursuivre, « pour le Mésolithique, on a plus d’une vingtaine de concentrations de silex ». Pauline Rostollan, l’archéologue responsable du secteur Mésolithique sur le chantier de la fouille archéologique se réjouit de cette découverte unique : « Sur ce secteur, il y a beaucoup de Mésolithique. Nous avons déjà découvert pas loin de quatre mille pièces ». Outre l’abondance de vestiges mésolithiques, ce site compte un niveau néolithique précieux. Des trous de poteaux d’un habitat néolithique furent même découverts. Des foyers à pierres chauffées ont aussi été trouvés. Un bâtiment de la protohistoire (vers 2000 av J.-C.) fut possiblement aussi mis au jour.

Enfin, trois nécropoles furent découvertes. La première daterait de 1500-1400 av. J.-C. et livra quatorze tombes. Une deuxième nécropole, à incinération cette fois-ci, daterait de 1200 av. J.-C. Elle abrite sept incinérations. Des urnes avec les défunts incinérés et de petits vases furent donc exhumés. Enfin, une troisième nécropole avec une dizaine d’incinérations datant des alentours de 1000 av. J.-C. fut trouvée.

« Pour les habitats, une grosse fosse poubelle de 400 m², avec des poteaux à côté, un puits qui a livré quatorze vases et des fours à pierres chauffées du bronze final furent découverts », indique l’archéologue responsable de l’opération. Des fossés gallo-romains ont aussi été mis en évidence.

Des foyers à pierres chauffées ont aussi été trouvés.

La plus grosse concentration mésolithique de Franche-Comté

Autant se le dire, le prix de la compréhension du passé n’est pas négligeable. Pour cette fouille archéologique, en ajoutant les terrassements, le coût s’élèvera à environ 3,5 millions d’euros hors taxes (heureusement qu’il n’y avait pas que des noisettes brûlées…).

Ce travail demeure néanmoins nécessaire pour appréhender, notamment les époques les plus reculées. En collaboration avec une géomorphologue, les archéologues pourront restituer les différents paysages au fil du temps de cette plaine, qui était légèrement vallonnée avant le Néolithique. Elle permettra de comprendre la végétation qui proliférait autrefois et de connaître les anciens lits de rivières. Elle nous éclairera assurément sur le rapport entre les habitats et les cours d’eau. Finalement, l’objectif ultime sera de saisir les relations entre l’homme et la nature, tout en proposant une évolution du paysage sur dix mille ans.

Des trous de poteaux.

Régis Labeaune conclut que cette fouille a permis d’ores et déjà de découvrir « la plus grosse concentration en Franche-Comté pour le Mésolithique et d’étudier le Néolithique, qui n’était pas du tout connu dans le secteur ».

Ce chantier est strictement interdit au public.