De la Révolution et l’Empire à la France Libre, destins de généraux dolois

Bachelu, Michel, Saint Hillier ou encore Béthouart : rien ne leur était impossible…

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À Dole, devant sa maison natale, hommage a été rendu au général Saint Hillier le 8 mai 2017 en présence de sa fille Blandine Bongrand Saint Hillier et d’une délégation de la promotion 2015-2016 de Saint-Cyr qui a choisi le nom du général. © Denise Raoul

Comme souvent avec les plaques des noms de rue, on passe devant sans trop se soucier de leurs histoires. Ainsi à Dole, qui s’intéresse aux noms de baptême des rues Malet, Béthouart ou Bachelu ? Parfois, une plaque posée sur un mur attire davantage, comme celle qui est consacrée au général Saint Hillier au 28 de la rue de Besançon, sa maison natale.

L’attention n’est pas plus soutenue quand des noms apparaissent au détour d’une page des Misérables de Victor Hugo dans le dantesque chapitre consacré à la bataille de Waterloo. Originaire du village voisin de Pointre, on y voit le général Claude-Étienne Michel marcher en tête de cette Garde Impériale qui inspire à l’ennemi « le respect de la France ». Plus loin, dans le dernier paragraphe du chapitre, avec son collègue Bertrand, le général Simon Bernard saisit et arrête par un pan de sa redingote « un homme hagard, pensif, sinistre (…) ». C’était Napoléon.

Le général Simon Bernard, jamais pris en défaut de conviction. © DR

Des noms qui, avec quelques autres, signalent les destins de Dolois qui à l’heure de traverser des épreuves ont porté haut un certain sens de l’engagement – même dans l’hostilité pour le général Malet.

Vauban du nouveau monde

Guy Scaggion les connaît bien. Délégué départemental du Souvenir Français, colonel, il a occupé son dernier poste à la tête du centre mobilisateur 144 caserné à Dole qui portait le nom du général Simon Bernard, un officier du génie, comme Guy Scaggion.

Ce Simon Bernard intrigue Guy Scaggion qui lui consacre une biographie pour révéler « un officier d’une grande intelligence qui a toujours respecté le sens de l’intérêt général, jusqu’à la fin de sa vie » (1). « Le paradoxe est qu’il est peut-être plus connu aux Etats-Unis qu’en France » souligne Guy Scaggion. Après 1815, le général Simon Bernard choisi en effet de rejoindre la jeune nation américaine à la recherche de matière grise en matière de génie militaire.

Il y réussit si bien qu’il acquiert le titre de Vauban du nouveau monde, ceci avant de revenir en France en 1830. Il existe même un petit musée du général Bernard à Cheasapeake

Portés par une force extraordinaire

Des généraux de l’Empire et de la Révolution à ceux de la France Libre, il y a certainement une continuité, notamment à Dole où deux grandes figures émergent avec les généraux Béthouart et Saint Hillier, auquel on ajoutera le général Gardet, aux attaches régionales. Tous les trois sont de plus couronnés par cette auréole de grâce historique et militaire que confère le titre de Compagnon de la Libération.

Là aussi, Guy Scaggion les connaît bien, il a consacré un ouvrage aux Compagnons de Libération nés ou liés à la Franche-Comté (2). « Ce sont, confie l’auteur, des hommes portés par une force extraordinaire. Ils ont toujours cru que la victoire française n’était non pas possible, mais certaine ».

C’est pour cela que les plaques de rue méritent souvent un peu d’attention. Elles sont comme les couvertures de livres qui ne demandent qu’à s’ouvrir ou à… s’écrire.

Jean-Claude Barbeaux

(1) Simon Bernard : Dole 1779-Paris 1839 : un éclair de génie dans la tourmente (Les éditions d’Aquitaine à Bordeaux).

(2) Compagnon comtois : rends-toi ! Nenni, ma foi ! (Les éditions d’Aquitaine à Bordeaux).

Encadré / 2e partie

Gilbert Bachelu

Né à Dole Franche-Comté en 1777, Gilbert Bachelu est un jeune officier d’artillerie et du génie qui connaît tout des guerres de la Révolution et de l’Empire dans des postes d’état-major ou de terrain. Il est, entre autres, à Austerlitz, Essling et Wagram. Il reprend du service auprès de Napoléon pendant les Cent-Jours et commande la cinquième division d’infanterie à Waterloo. Après la guerre, il est inquiété par les nouvelles autorités et exilé. Après la révolution de 1830, il entame une carrière politique, il est élu plusieurs fois parlementaire, notamment dans le Jura.

Simon Bernard

Né à Dole en 1779, dans une famille pauvre, Simon Bernard bénéficie de l’ascenseur social de l’époque. À 15 ans, Simon Bernard gagne Paris pour entrer à l’Ecole centrale des travaux publics – Polytechnique. Officier du génie, bâtisseur, il est remarqué par Napoléon. Passé Waterloo, à 35 ans, Simon Bernard met alors son savoir au service des Etats-Unis. En une quinzaine d’année, Simon Bernard abat une oeuvre considérable.

Après la révolution de 1830, il retrouve la France. Il est ministre de la Guerre de 1836 à 1839. Il décède au mois de septembre 1839. Sur décision du président américain Van Buren, les officiers de l’armée des Etats-Unis portent son deuil pendant trente jours.

Claude-François Malet

Né à Dole en 1754, Claude-François Malet est un officier qui multiplie les inimitiés en haut lieu. Mis à la retraite, Claude-François Malet se transforme alors en opposant acharné de l’Empire. Il conspire et organise le coup d’état de 23 octobre 1813. La tentative échoue au bout de quelques heures mais électrochoque l’édifice napoléonien. Malet et ses comparses sont jugés et la plupart exécutés. Parmi les membres du tribunal qui les condamnent : le général Albert Deriot, originaire de Clairvaux-les-Lacs.

Claude-Étienne Michel

Claude-Étienne Michel aurait-il été le vrai auteur du mot de Cambronne ? © DR

Le nom du général Michel est attaché au village de Pointre où il naît en 1772. Soldat indestructible, il est général de brigade au sein des prestigieux chasseurs à pied de la Vieille garde (Garde Impériale). Il est tué sur le champ de bataille de Waterloo, alors qu’il marche, vers 18 heures, en tête de la Garde dans la charge de la dernière chance. Passé la guerre, commence la légende du mot de Cambronne. Le général Cambronne nie l’avoir prononcé, attribuant la paternité dudit mot au général Michel. La question n’a pas été tranchée à l’époque pour cause de… procès dont le jugement n’a pas été rendu.

 Antoine Béthouart

Le général Antoine Béthouart lors du défilé du 14 juillet 1945 à Paris. © promogalbethouart

Né à Dole 1889, Antoine Béthouart entre à Saint-Cyr en 1909 dans la même promotion que Charles de Gaulle. Il est engagé dans la Première Guerre mondiale et poursuit sa carrière. Au printemps 1940, il dirige l’expédition de Narvik en Norvège. Il ne rejoint pas immédiatement la France Libre. En poste au Maroc, il participe clandestinement à la préparation du débarquement américain de novembre 1942, ce qui lui vaut d’être arrêté et traduit en cour martiale. En novembre 1943, il est nommé chef d’État-major de la Défense nationale à Alger et promu général de corps d’armée. Il dirige le 1er corps d’armée qui débarque en Provence en août 1944 et mène la campagne qui libère la Franche-Comté (Avec Saint Hillier et Gardet), et au delà. Il est fait Compagnon de la Libération. Nommé général d’armée en 1948, il quitte le service en 1950 après une carrière prestigieuse.

Bernard Saint Hillier

Bernard Saint Hillier : toute la détermination dans le regard. © Ordre de la Libération

Bernard Saint Hillier naît à Dole en 1911. Il choisit la carrière militaire. En 1940, il rejoint la France Libre en juillet et prend le nom de Jean de Vienne, (amiral de la flotte, né à Dole en 1341). Bernard Saint Hillier va être l’un des combattants majeurs de cette épopée, notamment au sein de la célèbre 13e Demi-Brigade de Légion Etrangère (DBLE). Nommé chef d’Etat-major de la Première division française libre en septembre 1943, il débarque en Italie en avril 1944, puis en France, le 16 août 1944. Fait Compagnon de la Libération, promu lieutenant-colonel à 33 ans, neuf fois cité et quatre fois blessé, Bernard Saint Hillier prend, en mars 1945, le commandement de la 13e DBLE et termine la guerre dans le sud des Alpes, au massif de l’Authion. Il poursuit sa carrière après la guerre qui passe notamment par l’Indochine et l’Algérie. Il est nommé général de corps d’armée en 1968.

Roger Gardet

Roger Gardet naît en 1900 à Épinal, avec des attaches familiales jurassiennes. Militaire de carrière, il est au Cameroun en 1940 et choisit la France Libre et rejoint le commandant, futur général, Leclerc. Il participe aux campagnes d’Afrique, notamment en Tunisie, et il est fait Compagnon de la Libération. Il débarque en Provence et commande la deuxième brigade de la Première division française libre. Il combat en Franche-Comté, et dans les durs engagements de la poche de Colmar. Il est nommé général de corps d’armée en 1958. De 1962 à 1966 il est rappelé pour être nommé président de la Cour militaire de Justice, en particulier lors du procès des auteurs de l’attentat du Petit-Clamart contre le général de Gaulle. Roger Gardet décède en 1989, il est inhumé dans le cimetière de Chevigny