L’invité de la semaine : David Desgouilles

Chroniqueur à Causeur et au Figaro Vox, David Desgouilles vient de publier son troisième roman, « Leurs guerres perdues ». Roman choral et générationnel, il restitue avec brio les bouleversements et lignes de fracture idéologues de ces trente dernières années. Un ouvrage référence...

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Dans votre dernier ouvrage, vous racontez les meetings, les universités d’été, les élections, les empoignades, les ralliements, les trahisons de trois militants, de la seconde présidence de François Mitterrand à l’accession d’Emmanuel Macron à l’Elysée. A un moment, votre héroïne, à droite, se rend compte qu’elle n’a pas “les qualités pour réussir en politique”. Quelles sont-elles ?
Il faut d’abord le voir dans le contexte du roman. Quand Sandrine Deprayssac fait ce constat, c’est deux ans après avoir repris un rôle de cadre local pour le parti de Dupont-Aignan, en 2009. On est au moment des élections européennes où elle est prévue pour être candidate. Mais depuis quelques temps, son blog fonctionne bien et elle sent que ses qualités sont ailleurs : l’écrit, le sens de la formule, etc…
Organiser des réunions, aller chercher des adhérents, relayer la bonne parole, c’est moins enthousiasmant, surtout dans un petit parti aux perspectives électorales très relatives.
Mais je ne vais pas me défausser et répondre à votre question d’un point de vue général : pour réussir en politique, il faut surtout faire preuve d’une énergie, d’une persévérance, et d’une faculté à manger votre chapeau hors du commun. Ce qu’on appelle aussi « sens du compromis ». Savoir faire preuve de cynisme aussi, parfois.  Or, mon héroïne en est incapable. Ce qui la pousse à devenir davantage spectatrice qu’actrice. D’autres personnages se heurtent à elle très souvent dans le livre à cause de cela. Sébastien, mais aussi Jean-Baptiste.

Vous rappelez que des politiques ont essayé avant Macron de supprimer le clivage droite-gauche. Mais pensez-vous qu’il soit réellement supprimé ?
Il est moins question de le supprimer que de le rendre second… Et faire passer le clivage européen comme « primo-structurant » de la vie politique française. Effectivement, Philippe Séguin en avait envie mais n’a pas vraiment essayé. Charles Pasqua a tenté. Jean-Pierre Chevènement aussi. Emmanuel Macron a réussi, mais depuis l’autre camp, celui des « Maastrichtiens ». Aujourd’hui, le clivage droite-gauche ne structure plus la vie politique française à tel point que les deux grands partis politiques qui ont alterné au pouvoir durant quarante ans sont tombés à 6 et 8 % des voix. Si on utilise toujours les termes de droite et gauche dans le vocabulaire politique, c’est surtout parce que ces termes, nés en France depuis le veto du Roi en 1789, ont une grande ancienneté et qu’ils imprègnent culturellement le pays. Mais vous trouverez des gens pour dire qu’Emmanuel Macron est de gauche et à peu près autant pour dire qu’il est de droite. Quant à moi, et après avoir lu mon roman, Eric Zemmour a expliqué que j’étais de gauche, et Maurice Szafran écrit que je suis proche de la droite identitaire. Ce qui prouve bien que politiquement, ces termes ne sont plus vraiment pertinents pour rendre lisible un projet politique.

Est-ce que vous n’avez pas le sentiment que votre livre peut décourager une personne qui aurait envie de se lancer en politique ? Car au fond, il y a forcément des victoires mais aussi des défaites. Et plus souvent des défaites avant des victoires. Donc les souverainistes ne peuvent-ils pas gagner demain ? Si oui, quelles pistes ?
Je ne me pose pas vraiment la question. Il s’agit d’un roman, pas d’un essai. Il n’a pas pour but d’encourager ou de décourager. Il raconte les sentiments des acteurs. Leurs espoirs. Leurs désillusions. Ils se trouvent que mes personnages principaux perdent très souvent. Et quand ils gagnent, ces victoires se transforment très rapidement en défaites, comme la victoire de Jacques Chirac en 1995, puisque c’est Juppé qui est nommé premier ministre et fait en gros la politique de Balladur ; ou le Non à la constitution européenne, que Sarkozy impose deux ans plus tard sous le nom de Traité de Lisbonne. Mais je vous rassure, j’ai quelques lecteurs qui sont de jeunes militants et qui ne sont pas du tout découragés. Au contraire, ils sont encore davantage motivés après la lecture du roman.
Les souverainistes peuvent sans doute gagner demain. D’ailleurs leurs idées ont déjà gagné et c’est expliqué dans le livre. Partout dans le monde, la Nation est de retour. Mais il faut à leur tête des leaders à la fois déterminés, raisonnables et habiles. Séguin n’était pas assez déterminé. Chevènement, pas assez habile. Quant à Marine Le Pen, si tant est qu’elle soit véritablement souverainiste, elle n’est pas raisonnable. Je ne désespère pas qu’on trouve la perle rare en France.

Auriez-vous un jour envie de vous présenter à une élection et laquelle ? Sans doute pas la région pour avoir le pouvoir de repeindre des lycées (!)
Cette expression sur l’institution régionale est de Philippe Séguin et c’est vrai que mes personnages la reprennent une ou deux fois dans le roman. Pas à la région, en effet, d’autant qu’il s’agit aussi de repeindre les lycées à Nevers ou à Dijon !
Évidemment, les vrais lieux de pouvoir aujourd’hui, ceux qui permettent les plus grandes marges de manœuvre pour agir, imprimer sa marque, ce sont les villes et plus encore les communautés d’agglomérations Mais je ne suis pas certain que je serais un bon maire. Finalement, entrer au Parlement au service d’une majorité dont l’objectif serait de retrouver les marges de souveraineté nationale perdues serait enthousiasmant. A condition qu’on trouve la perle rare que j’évoquais il y a un instant.