Darbonnay : une fée se cache dans une bulle à parfums

Tiphaine Fougère -un nom prédestiné- est revenue à ses racines jurassiennes après une dizaine d’années de vie parisienne.

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Tiphaine, la fée dans sa bulle

 

Le jardin au printemps.Crédit photo Tiphaine Fougères.

Qu’est-ce qui vous a attirée dans le monde des parfums ?

« Enfant j’ai toujours vu maman cuisiner, table d’hôtes oblige, et j’ai le souvenir de l’odeur qui se dégageait lorsqu’elle cassait par exemple les bouts des haricots. J’avais déjà la curiosité d’aller sentir, d’aller toucher. J’ai des souvenirs aussi de mousse, de terre, … je me posais beaucoup de questions, je voulais savoir ce que c’était.  Je pense qu’il y a une grande part familiale dans le métier que j’exerce aujourd’hui. Je crois que j’avais en plus de la curiosité, une prédisposition à sentir.

La fée Tiphaine lumineuse dans son monde de parfum.

Je me rappelle les parfums que portaient mes grands-parents et j’ai gardé en mémoire deux fragrances que j’ai toujours senties dans mon enfance : Héritage et Habit Rouge de Guerlain. Je me souviens aussi des ablutions de violette, des eaux de Cologne qu’utilisait ma grand-mère maternelle.

Une bulle parmi les fleurs.Crédit photo Tiphaine Fougères.

En fait dès l’âge de douze ans j’ai été fascinée par le monde des parfums, une véritable passion et cette passion est devenue mon métier.

J’ai fait mes études à l’ISIPCA de Versailles (Institut Supérieur International du Parfum, du Cosmétique et de l’Aromatique alimentaire), créée par la famille Guerlain en 1970. Elle reste l’école la plus connue dans ce domaine. Avant 1970 le savoir-faire du parfumeur-créateur se transmettait de génération en génération.

En automne, le jardin est toujours aussi agréable.

A la sortie de l’ISIPCA j’ai travaillé à divers postes toujours en relation avec la parfumerie : laborantine-parfumeur, animatrice-démonstratrice, responsable de stands dans les grands magasins… jusqu’en 2011 où j’ai décidé de revenir à mes sources. »

Quelle est la fonction d’une laborantine parfumeur ?

« Une laborantine parfumeur pèse les formules des parfumeurs créateurs qui eux ont déjà en tête l’accord de matières premières. Elle est là pour accompagner le parfumeur-créateur. Elle doit agir avec rigueur, discipline et méthode. »

Découverte des odeurs dans le jardin. Crédit photo Tiphaine Fougères.

Est-il nécessaire d’avoir un Nez pour être laborantine parfumeur ?

” Un odorat développé aide à apprécier les différentes odeurs mises au point dans le laboratoire. Le mien s’est développé à la campagne dans la maison familiale. Il faut savoir que le nez c’est subjectif. On a le cerveau qui mémorise et puis on a une partie dédiée plus à l’émotion. En fait l’odorat est relié au canal émotionnel. On ne se force pas à retenir une odeur, c’est notre instinct qui reste et ça s’imprime qu’on le veuille ou non du plus jeune âge jusqu’à plus de 60 ans où l’odorat peut commencer à diminuer. Un nez ça s’éduque, on apprend à discerner par exemple une bergamote d’ici ou d’Italie ou du Portugal, un jasmin … Il faut sentir énormément d’odeurs différentes pour être capable de les reconnaître et savoir associer ces senteurs”.

« Ce qui est regrettable c’est que l’on apprend à lire, à écrire, mais pas à sentir. Pourtant le nez est l’organe dont on se sert le plus au quotidien »

En 2011, Tiphaine crée la bulle à parfums

« Ce concept est vraiment sorti de ma tête. J’ai imaginé ce bâtiment à ossature bois et le charpentier-zingueur s’est arraché les cheveux pour lui donner cette forme un peu ronde, parce-que j’aime ce côté rond, cette façon d’être entourée par la nature. Le toit lui est en zinc pour me rappeler mes années à Paris et cette remarque que faisaient mes clientes “Tiphaine, elle est complètement dans sa bulle ».

Animation parfums-chocolats, un vrai bonheur pour ces dames. Crédit photo Tiphaine Fougères.

Pourquoi Darbonnay ?

« Parce que mes racines sont à Darbonnay. En raison de ma démarche de réaliser des profils olfactifs, ce qui est mon cœur de métier, je devais m’installer à la campagne. Pour ce que je voulais développer, il fallait des fleurs, pas de stress, pas de pollution. Il fallait que les gens puissent sentir les matières premières qui sont des essences ou des absolues. » (Les absolues se classent parmi les matières premières végétales les plus utilisées en parfumerie. Comme les huiles essentielles, les absolues sont des extraits végétaux très concentrés. Elles peuvent être tirées des fleurs, des graines, du bois, ou encore des racines).

Comment définissez-vous un profil olfactif ?

« Un profil olfactif est très pointu à réaliser. Je me base sur les matières premières que je fais sentir à la manière d’un parfumeur. La personne sent, exprime ce qu’elle aime et n’aime pas. Je fais alors une traduction de ses ressentis pour terminer par la phrase magique “c’est ce parfum là qu’il vous faut” en fonction de ce que la personne a apprécié.

Et ce travail de l’odorat ne peut se faire que dans le calme, sans pollution ni stress. C’est ce qui explique le choix de mon installation à Darbonnay. Je voulais que ce soit dans un cadre naturel parce-que le jardin a aussi son mot à dire : les plantes ça ne vient pas comme cela, il faut aussi pouvoir faire la traduction du vivant au parfum. Le jardin est important pour s’évader, pour un retour à la terre, pour bien comprendre qu’un parfum ce n’est pas que le marketing. Il y a un vrai travail d’association, plus un côté chimie, mais chimie naturelle .
Je ne peux pas imaginer une consultation de profil olfactif dans un autre univers qu’une bulle. Il ne faut pas être happé par autre chose. Un parfum c’est personnel, subjectif et ça reste du luxe. Un parfum fait corps avec nous, il nous accompagne dans la vie. »

 Comment faites-vous découvrir les parfums ?

« J’ai deux façons de procéder. Soit je commence par une visite du jardin des quatre saisons puis le profil olfactif, soit je fais directement un profil. »

Le jardin des quatre saisons de Tiphaine

Pour créer son jardin, Tiphaine s’est inspirée du livre de Nicole Boschung. Elle a planté de nombreux massifs parfumés autour de « sa bulle », des massifs odorants toute l’année comme la corbeille d’argent, le chèvrefeuille arbustif, l’immortelle, … d’autres développant leurs arômes au gré des saisons : giroflée, œillet, iris … au printemps ; rose, lavande, lys … en été ; à l’automne abelia, camelia, arbre au caramel … et l’on y découvre aussi des parfums d’hiver que l’on ne sait pas forcément toujours apprécier, comme la clématite, le mahonia et bien d’autres encore. Ce jardin aux multiples facettes est à découvrir, il fait appel à tous les sens et ce voyage initiatique permet à Tiphaine de commencer à entrevoir le profil olfactif des visiteurs

Vous faites également des animations parfums-chocolats ?

« Oui je fais un travail de goûts et d’odeurs. Cette animation a pour but d’initier les gens au monde du parfum, c’est-à-dire de faire découvrir les parfums rares, les parfums de créateurs par une relation entre le goût et l’odeur, ce que l’on appelle la rétro olfaction dans le monde du vin. Ce phénomène existe aussi pour le parfum et j’arrive à faire cette liaison car il y a des parfums qui sont gourmands. »

La sérénité règne dans les lieux.

Des regrets d’avoir quitté la capitale ?

« J’ai vécu six ans à Paris et j’avais cette volonté d’oublier le métro, boulot, dodo. C’est un retour en province mais surtout un retour aux sources. On a la chance d’avoir encore, du moins dans le Jura, une pollution qui n’est pas là, surtout grâce à la charte Comté. On garde cette identité de protection de la nature et l’odorat est beaucoup plus développé dans un endroit moins pollué. »

Des idées, Tiphaine en a à foison

Sa dernière création : elle a détourné un jeu de cartes bien connu de tous, le jeu des sept familles et a conçu le sien propre. Mais là c’est dans les sept principales familles olfactives qu’elle veut entraîner petits et grands. Parmi ces 7 familles se trouve devinez quoi : la famille Fougère, eh oui, un nom prédestiné pour Tiphaine ? Sans aucun doute.

Bulle à parfums, 25 chemin de la Brenne, 39230 Darbonnay. www.bulle-a-parfums.fr