Covid-19 : les moyens de faire face

"Il suffirait d'un petit effort individuel de chacun pour inverser la tendance" affirme Pierre Pribile, directeur général de l'Agence Régionale de Santé de Bourgogne-Franche-Comté.

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Les prélèvements défilent sur un tapis roulant unique en France.

La situation épidémique continue à se détériorer sur le plan national comme sur le plan régional.
“Et pourtant, on a le sentiment qu’il suffirait d’un petit effort individuel de chacun pour inverser la tendance” affirme Pierre Pribile, directeur général de l’Agence Régionale de Santé de Bourgogne-Franche-Comté.
Statistiquement trois indicateurs sont utilisés pour mesurer l’évolution épidémique : l’incidence (les nouveaux cas), le taux de positivité des tests, et l’impact sur le secteur hospitalier.
“En Bourgogne-Franche-Comté, l’incidence hebdomadaire moyenne plafonne à 60 pour 100 000 habitants. Une stagnation à nuancer car supérieure au seuil d’alerte de 50, qui plus est dans un contexte où le nombre de tests diminue avec 50 000 effectués il y a 15 jours, mais seulement 40 000 la semaine dernière. Une conséquence logique de la politique de priorisation décidée afin de raisonner le recours au test et réduire les délais” explique l’Agence Régionale de Santé.

“Nous sommes très proches de devoir recourir à une déprogrammation d’autres patients”

Toujours à l’échelle régionale, le taux de positivité des tests tend vers les 6% (contre 8% à l’échelle nationale).
Mais c’est bien le dernier indicateur qui s’avère primordial, celui des hospitalisations, avec plus de 10 entrées par jour à l’hôpital et 3 arrivées en réanimation quotidiennement enregistrées.
Au total, on dénombrait en milieu de semaine passée, 150 hospitalisés dont 28 en réanimation. La plus grande partie des formes graves concerne des patients de plus de 65 ans, mais certains jeunes sont aussi touchés, y compris des étudiants.
Pierre Pribile se méfie toutefois de l’interprétation statistique :
“On a été une région très marquée par la première vague, on pourrait se rassurer à bon compte sur les 28 malades en réanimation alors qu’il y a 6 mois on en avait 300…
Certes, c’est un fait, mais nous ne voulons pas avoir à recourir à une déprogrammation massive des autres patients qui ont aussi besoin de soins et dont la prise en charge serait retardée. Or, cette échéance se rapproche dangereusement. Nous disposons de 200 places de réanimation sur la région. Une capacité occupée à plus de 80% normalement. C’est pourquoi, dès que l’on atteindra les 40 places occupées pour motif de Covid-19, on déprogrammera”.

Le Jura s’approche du seuil d’alerte

“Non il ne s’agit pas d’une deuxième vague, mais d’une marée montante nationale. C’est ce qui est plus inquiétant, puisque nous n’aurons plus recours à des transferts vers d’autres régions moins touchées si les choses venaient à empirer. C’est pourquoi une cellule de transfert a été mise en place, afin d’anticiper la répartition de la charge hospitalière à l’échelon régional” précise l’ARS.
Si le département le plus touché reste la Côte-d’Or, avec une incidence à 100 pour 100 000 et 7 % de positivité, le Jura s’approche dangereusement du seuil d’alerte avec 5% de taux de positivité et 50 pour 100 000 en incidence.
“La densité de population explique un fort taux de positivité (9 à 10% dans certains lieux de la métropole dijonnaise), mais le virus est partout. C’est pourquoi nous appelons à un sursaut de responsabilité individuelle, un petit effort supplémentaire. C’est à dire respecter les geste barrières, la distanciation (même et surtout dans le cadre familial, amical, sportif), afin de briser les chaines de transmission. Il n’y a pas d’autres remèdes” martèle l’ARS qui se refuse à voir la population céder à la lassitude ou au fatalisme.
“Si l’on veut limiter la charge, c’est dès maintenant qu’il faut agir. Car l’impact du comportement d’aujourd’hui ne se concrétisera que dans 10 jours dans les hôpitaux.
C’est pourquoi la campagne de vaccination contre la grippe qui s’ouvre cette semaine, a toute son importance, surtout pour les plus fragiles”.

“Tester, tracer, et isoler rapidement”

Du Jura, mais aussi de Besançon, de Dijon, de Tonnerre, ou de Troyes, etc, le laboratoire Medilys analyse des tests PCR venus parfois de loin. Une concentration d’ordinaire apanage des CHU, mais que le laboratoire lédonien a décrochée grâce à sa longue expérience en matière de PCR et à un robot MGI. “L’Etat a bien joué” a reconnu Beatrice Veyrat, directrice générale de Médilys lors d’une visite du site : en parvenant à acquérir un lot de ces précieux robots chinois, l’un d’eux a pu être mis à disposition du laboratoire qui en a ensuite acquis un second pour atteindre une capacité à minima de 2.000 à 2.500 tests par jour. Une capacité qui selon David Philot, préfet du Jura, permet de “tester, tracer, et isoler rapidement” les cas suspects.
Ce qui a été le cas dans les écoles du Jura, avec une dizaine de cas contacts priés de rester à l’isolement pour chaque porteur Covid+ détecté. David Philot a d’ailleurs rappelé aux parents : “En cas de symptômes, n’envoyez pas vos enfants à l’école !”. Et s’il est loin d’être évident de distinguer une banale affection saisonnière du Covid, “le bon réflexe consiste à consulter de suite son médecin”, a rappelé Didier Pier Florentin, délégué jurassien de l’Agence Régionale de Santé.

Une fois paramétrés, les robots s’occupent de tout, jusqu’à l’élimination des tubes.

« Les montagnes ne protègent pas du virus »

Mais pour le préfet du Jura, mieux vaut toujours prévenir que guérir : “Le taux d’incidence n’a fait que croître depuis le mois d’août”. Même si notre département reste l’un des moins touchés de la région, de nombreux cas ont été constatés sur le Haut-Jura entre autres. “A Saint-Claude, Morez, Moirans”, ce n’était pas brillant” a t-il constaté, d’où sa mise en garde : “Les montagnes ne protègent pas du franchissement du coronavirus”.
En cause, “un faux sentiment de protection lié à l’isolement” relatif des gens “du haut”, d’où le port du masque obligatoire à Saint-Claude et Morez.
Autres clusters en puissance ou avérés : les sports collectifs tels que le football, le basket, le handball, etc. Entre échanges de bouteilles d’eau, promiscuité dans les vestiaires, transports en bus non masqués, voire chaude ambiance dans les tribunes, les facteurs de risque se cumulent : « Attention, on n’y est pas ! » a averti le préfet, évoquant des rencontres avec les présidents de ces fédérations pour remettre les choses au point.
Enfin Béatrice Veyrat a constaté de visu que certains événements familiaux peuvent faire l’effet d’une bombe : “les mariages et les obsèques”, car dans un cas comme dans l’autre les gestes barrières tombent…
“On voit arriver la Toussaint et les fêtes de fin d’année à grands pas” du fait des rassemblements familiaux redoute Didier Pier Florentin.
Sans céder au pessimisme, chacun est donc appelé à se remobiliser car les patients hospitalisés croissent alors qu’ils avaient disparu cet été…

Dossier réalisé par Cyril KEMPFER et Stéphane HOVAERE.

Des boites de cultures ensemencées pour confondre d’éventuels agents pathogènes présents dans des prélèvements.