COVID-19 : une étudiante sourde tire la sonnette d’alarme

Âgée de vingt-cinq ans et étudiante en Master à l’Université de Franche-Comté, Manon Guenat raconte dans des posts sur son compte Facebook et Instagram son quotidien. Atteinte d’une surdité profonde, elle porte des prothèses auditives depuis l’âge de huit mois. Jusqu’alors, elle put suivre un parcours scolaire classique, grâce à la lecture labiale. Mais le port du masque freina son parcours scolaire et gela ses interactions sociales. Se sentant totalement oubliée par l’État, elle se confie. Rencontre.

0
173
Âgée de vingt-cinq ans et étudiante en Master à l’Université de Franche-Comté, Manon Guenat raconte dans des posts sur son compte Facebook et Instagram son quotidien.

Manon, en quoi ton parcours scolaire a été impacté par la pandémie de COVID-19 ?

Avec la pandémie, les choses ont empiré pour les personnes sourdes et malentendantes. L’instauration du port du masque obligatoire a isolé beaucoup de ces personnes, qui ne peuvent plus communiquer. En effet, on pense souvent que les sourds et malentendants communiquent essentiellement avec la langue des signes. C’est faux ! La langue des signes est très compliquée à apprendre et il faut surtout que l’entourage de la personne sourde connaisse cette langue. La plupart des sourds et malentendants s’aident essentiellement des expressions du visage et surtout de la lecture labiale.

En septembre, pour ma rentrée en deuxième année de Master, face à l’instauration du masque obligatoire, il m’était impossible d’aller en cours et de me retrouver face à des professeurs et des camarades masqués. Je me suis retrouvée isolée. La seule solution trouvée est de passer ma dernière année par correspondance.

Maintenant que la plupart des cours se font en distanciel, je n’aurais pas pu non plus suivre les cours en visioconférence car il n’y a pas de sous-titres. Parfois, la qualité de la vidéo ne me permet pas aussi de lire correctement sur les lèvres de l’intervenant.

Pour moi, c’est ma dernière année à l’université, mais je pense à ceux qui ont un handicap et qui commencent juste leurs études. Ils doivent être perdus… J’ai une connaissance qui m’a dit que son fils de treize ans, qui est sourd, ne s’en sort pas au collège car les professeurs ne portent pas de masque inclusif devant lui…

Justement que sont les masques inclusifs ?

Les masques inclusifs ont la particularité de dévoiler la bouche, et cela est quelque chose d’essentiel pour ceux qui comme moi lisent sur les lèvres. Si ce masque était porté par tous les professeurs, et même certains de mes camarades, j’aurais pu poursuivre ma scolarité sans encombre. Nous nous sentons un peu oubliés aussi.

J’ai décidé de faire une vidéo dans le but de présenter le masque inclusif. Si les gens ne voient pas ce que c’est, ils n’y penseront pas forcément. Mon but c’est que des personnes qui travaillent dans des lieux publics envisagent de l’adopter ne serait-ce juste que pour que leurs sourires soient visibles.

J’étais indépendante. J’avais un appartement à Besançon mais avec les masques obligatoires, je ne peux plus aller quelque part seule. Je dépends de la personne qui m’accompagne.

Comment envisages-tu l’avenir ?

Je vais me battre pour que ce masque inclusif soit présent. Je vais continuer à faire des vidéos sur les problèmes que je peux rencontrer dans mon quotidien.

Je vais aussi bientôt entrer sur le marché du travail. Cela ne va pas être simple avec le port du masque obligatoire. C’est un combat permanent qu’il faut mener pour montrer qu’on existe, qu’on est là et qu’on mérite d’être entendu.