Hôtels, bars, restaurants : ces lieux de vie qui n’existent plus…

L'ensemble de la profession crie son malaise et ronge son frein face aux fermetures des établissements qui la tuent à petit feu. Malgré le combat quotidien de l'Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie qui se bat pour faire "bouger les lignes", pas moins de 2500 personnes au sein de 800 établissements sont impactés sur le Jura.

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Dans le sillage de leur voisin Stéphane Turillon, restaurateur du Doubs, lequel via les réseaux sociaux avait lancé un appel à ses confrères restaurateurs en les incitant à ouvrir illégalement leur établissement, mais qui s’est finalement ravisé lundi dernier, les jurassiens des métiers de l’hôtellerie veulent, eux aussi, mais sans pour autant encourager à l’illégalité, alerter l’opinion sur la détresse actuelle que traverse leur profession.
Leur objectif ? Faire savoir et comprendre à l’ensemble du pays que depuis près d’un an qu’ils subissent la fermeture de leur outil de travail, suite aux drastiques restrictions sanitaires liées à l’épidémie de Covid-19, aujourd’hui dans chaque établissement, contrairement à certaines structures scolaires ou certains lieux accueillant du public, l’ensemble des protocoles sanitaires (notamment la distanciation physique) sont scrupuleusement respectés.
Et qu’ils pourraient donc rouvrir leur porte sans aucune influence quant à la propagation du virus. Si l’État les y autorisait…

“On revendique le droit de travailler pour gagner notre vie”…

Un bar est un lieu de vie à nul autre pareil, où chacun peut y trouver chacun à n’importe quelle heure de la journée. Le temps d’un échange, parfois inattendu, autour d’un apéritif ou d’un café. Entre autres…  Un précieux fragment d’humanité, de convivialité, de rapprochement des cœurs, des âmes et des esprits, volé au cœur d’un monde dont l’actualité s’emballe et dont les turpitudes parfois nous dépassent. Une pause salutaire, en somme.
Idem pour le restaurant qu’il s’agisse du midi ou du soir, de la semaine ou du week-end.
Les clientèles sont diverses et variées. Mais chacun y trouve toujours son compte.
Parfois, après un dîner en amoureux, la soirée s’achève à l’hôtel pour y conduire au rapprochement des corps. Alors les masques tombent. Et la boucle est bouclée…
Or aujourd’hui face à la fermeture de leurs établissements, les cafetiers restaurateurs et hôteliers s’alarment :
“On est en train de vivre une période épouvantable. Si je peux comprendre le cri de désespoir de certains restaurateurs qui se retrouvent étranglés par les déficits malgré les aides d’État, car je partage aussi cette situation, je condamne cependant l’infraction à la loi.
Dans le Jura à ma connaissance, aucune action d’éclat n’a été entreprise. Tous préfèrent rester fermés car ils savent qu’il n’auront plus d’aides financières s’ils ouvrent illégalement.
Le jeu n’en vaut pas la chandelle. Surtout que très rares seront les clients ou personnels désireux de braver eux aussi l’illégalité” explique Patrick Franchini, président départemental de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (UMIH) qui revendique simplement, au nom ceux qu’il représente “le droit de travailler pour gagner notre vie”.

Qu’ils s’agisse d’un simple apéro entre amis…

 

Ou d’un dîner en amoureux… la fermeture des bars et restaurants pèse considérablement. Moralement, comme économiquement.

 

Le “click and collect”, bouée de secours psychologique ?

L’impact de la fermeture de l’ensemble de ces lieux de vie est considérable pour l’économie locale.
“Sur le Jura, on estime qu’au moins 2500 personnes travaillant au sein de 800 établissement sont touchées. Mais il y a aussi toute la chaîne en amont : les producteurs, les fournisseurs…
C’est pourquoi nous nous battons tous les jours avec les institutions nationales.
Nous avons certes obtenu des aides financières, mais il en manque encore beaucoup pour être à l’équilibre. Nous espérons qu’après les fêtes de Pâques (le 4 avril), nous pourrons au moins sortir nos terrasses avec des délimitations strictes, comme l’Italie vient de l’autoriser.
Mais l’on sait très bien que notre salut viendra avec la vaccination totale de tous ceux qui le souhaitent (ce qu’Emmanuel Macron a promis pour la fin du mois d’août NDLR).
D’ici là, on surnage en eaux troubles avec un peu de click and collect. Ce qui nous permet de garder un lien avec nos clients, nos fournisseurs, les filières qui nous approvisionnent. On fait revenir un peu de personnel, quelques heures par semaine. C’est une bouée de secours plus psychologique qu’autre chose. Je dis souvent qu’une voiture a quatre roues et que la restauration à emporter, c’est la roue de secours…” souffle le patron du Moulin des Écorces, angoissé par ce manque de visibilité sur l’avenir.
Pour lui il existe trois catégories d’attitude :
“Certains se recroquevillent sur eux-mêmes, et plongent dans la spirale de l’isolement. D’autres plus sanguins, extériorisent leur révolte avec véhémence ou expressivité. Et puis il y a la troisième catégorie, majoritaire, où je me situe. Celle de ceux qui se réinventent, qui tentent de trouver des solutions pour rester debout, rester vivants, ne pas céder à la défaillance et avancer” conclut-il.

 

Patrick Franchini.

 

La Préfecture rappelle les nouvelles règles

Dans un communiqué publié en fin de semaine dernière, la Préfecture du Jura a voulu sensibiliser l’ensemble des Jurassiens aux récentes mesures entrées en vigueur.
“Le choix de ne pas procéder à un reconfinement à ce stade doit s’accompagner d’une responsabilisation individuelle et collective stricte, notamment dans les établissements commerciaux.
Ces derniers doivent obligatoirement s’assurer du respect de la jauge et apposer des affiches à l’entrée du magasin, véritablement visibles depuis l’extérieur, informant la clientèle de la mise en place de ces mesures et de la capacité maximale d’accueil de l’établissement.
Un renforcement des jauges pour les établissements commerciaux a été annoncé par Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance, et Alain Griset, ministre délégué aux Petites et Moyennes Entreprises :
Pour les établissements de plus de 400 m2, la jauge est portée à une personne pour 10 m2 de surface de vente.
Les autres établissements conservent une jauge à une personne pour 8 m2 de surface de vente.
Les contrôles sont renforcés, avec une mobilisation des forces de l’ordre et agents en charge de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes.
Il est également recommandé de renforcer les initiatives et actions en vue de :
Désinfecter plus régulièrement et systématiquement toutes les surfaces touchées par les clients.
S’assurer du port effectif par l’ensemble du personnel d’un masque filtrant de catégorie 1.
Mettre à disposition des clients et du personnel des récipients de gel hydroalcoolique bien visibles et en quantité suffisante, et en informer oralement les clients à l’entrée de l’établissement.
Organiser des files d’attente à l’intérieur et à l’extérieur (repères au sol pour marquer la distance d’éloignement de 1 mètre)”.

Jean-Pierre Favoulet.

Les divers risques encourus par les restaurateurs qui ouvriraient en période de confinement, selon l’avocat lédonien Jean-Pierre Favoulet

L’actualité récente conduit à exposer les divers risques encourus par les restaurateurs qui ouvriraient leurs établissements en période de confinement. D’abord concernant les sanctions pénales.
Deux infractions peuvent être retenues :
La mise en danger de la vie d’autrui de l’article 223-1 du Code pénal qui est passible d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.
Le délit de l’article L3352-6 du Code de la santé publique, qui incrimine spécifiquement le fait de « ne pas se conformer à une mesure de fermeture d’établissement » sanctionné par une peine de deux mois d’emprisonnement et de 3 750 euros d’amende.
Pour les personnes morales ( sociétés) la peine d’amende peut être multipliée par 5 par rapport à ce qui est prévu pour les personnes physiques, en application de l’article 131-38 du Code pénal

Les sanctions administratives

Le maire et le préfet pourraient considérer que l’ouverture représente une atteinte à l’ordre public, à raison des risques suscités pour la santé et la sécurité et prononcer des mesures de fermeture administrative pouvant aller jusqu’à 6 mois.
Une telle sanction impliquerait l’interdiction de pratiquer de la vente à emporter, et s’étendrait au-delà de la période où les établissements seraient autorisés à rouvrir.

Les risques relatifs à la responsabilité civile de l’exploitant

Le restaurateur exposeraient ses salariés à un risque sanitaire et engagerait sa responsabilité vis-à-vis de ces derniers en cas de maladie l’article L 4121-1 du Code du travail imposant à l’employeur de prendre des mesures pour « assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ».
Le restaurateur pourrait même engager sa responsabilité vis-à-vis des clients qui seraient contaminés sur le fondement de la responsabilité civile délictuelle (1240 du Code civil).
Enfin le restaurateur pourrait également engager sa responsabilité vis-à-vis des autres restaurateurs qui respectent l’interdiction d’ouverture sur le fondement de la concurrence déloyale (captation de la clientèle de l’établissement fermé par celui ouvert.)

Le risque de la perte de l’aide gouvernementale

Le gouvernement vient de décider que les restaurateurs qui ouvriraient leur établissement peuvent être exclus du bénéfice du fonds de solidarité, pour un mois, et définitivement dans les cas les plus graves ou récidive.