Corona : un virus qui vous a à l’œil !

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Gérard Bouvier.

Confiné, comme beaucoup, je consacre trop de temps devant l’information en continu. Et mes connaissances médicales sont souvent mises à mal par ce que j’entends.
L’exemple le plus troublant concerne l’usage des masques.
Je reconnais que c’est un sujet ravageur et lucratif pour tous ceux qui nous disent que
« ça n’est pas le temps de la polémique, mais quand même avouez que… »
Les rieurs se moquent en repassant en boucle les anciennes déclarations aujourd’hui contredites. Ceux qui attendent le Grand Soir nous disent «
qu’il faudra bien s’expliquer un jour de certains choix qui n’avaient rien prévu de ce qui -d’ailleurs- était totalement imprévisible, mais ça n’est pas une raison… »
Et dans le même temps nos savants éditorialistes, qui n’ont pas froid aux yeux, oublient de jeter un œil sur un problème majeur de santé publique qui ne nous pend pas au nez, certes, mais qu’on ferait bien d’avoir à l’œil.
Je ne veux pas parler des masques mais des lunettes de protection dont tout le monde se bat l’œil. Bien à tort.
Toutes les publications d’infectiologie sérieuses vous le diront. La porte d’entrée pour le virus lors des relations interhumaines ce sont : 1-le nez, 2- les yeux, 3-la bouche.
Les trous de nez sont dirigés vers le bas. Ça les protège. Oui ! Mais l’inhalation se fait par une aspiration. Ça les expose.
Les yeux font face à notre interlocuteur. Ils sont écarquillés, car ils n’en reviennent pas de ce qu’ils entendent (!). Ils vont pouvoir amasser, gratis et à l’œil, toutes les gouttelettes de Pflügge qui sont la voie dramatique de la transmission.
Ces gouttelettes sont minuscules. Mais elles sont quelques millions de fois plus grandes que les infra-microscopiques coronavirus. Ce sont ces gouttelettes qui les véhiculent. Pour s’en faire une idée il faut observer deux humains échangeant sous un porche par temps très froid. Ce petit nuage de vapeur d’eau, qui sort de la bouche et du nez lors de leur conversation, ce sont les gouttelettes de Pflügge goinfrées des virus pulmonaires et ORL… Elles ne demandent qu’à atterrir là où la pesanteur les entraine. Nos yeux sont une de leur piste d’atterrissage préférée.
Je trouve étrange que dans un pays qui comporte, toutes chaines confondues, plusieurs milliers d’éditorialistes, épidémiologistes auto-proclamés, personne ne se préoccupe de nos yeux. Car enfin tout le monde n’a pas la chance d’être myope ou presbyte si bien que beaucoup d’entre nous circulent les yeux au vent. Et peu d’entre nous se rincent l’œil en rentrant chez eux.
On nous dit que le masque, pour qui n’est pas malade, sert surtout à éviter de toujours porter la main à son visage. C’est vrai ! Reste alors à se frotter les yeux comme je l’ai vu faire pendant plusieurs secondes, par-dessus son masque, dans un service d’Urgence par un médecin terrassé par la fatigue.
Nous avons la chance ici d’être à la croisée des chemins entre la Plastic Valley d’Oyonnax et les compétences ancestrales de nos lunettiers du Haut-Jura. L’occasion de lancer la ligne
coronavisu® pour protéger nos concitoyens et aussi, si les cadences le permettent, le monde entier et ses nombreux continents.
Il n’est plus très loin le temps où des convois de lunettes moréziennes seront braquées par les américains sur le tarmac de Tavaux. Précipitons-nous avant qu’il ne soit trop tard. Les masques se vendent par milliards, les lunettes moins consommables ne se vendront qu’en dizaines de millions, quand nous aurons enfin ouvert les yeux sur cette absolue nécessité. Mais c’est déjà bien pour une industrie locale qui souffre.
Il suffira de quelques aménagements d’extensions sur le pourtour des verres pour renforcer leur efficacité. Le nombre colossal des ventes et la prolongation de la demande dans le temps, quand l’habitude sera créée et renforcée chaque année par le rhume des foins et les retours du virus, permettront un prix de vente très modique et les designers pourront s’en donner à cœur joie pour flatter avec l’aide de quelques blogueurs à la mode les envies des consommateurs.
Faites passer le message.
C’est gratuit, pour vos beaux yeux…

Docteur Gérard Bouvier
Médecin Généraliste
Diplômé Universitaire de Presse et d’Information Médicale, Diplômé Inter Universitaire de Formation à la Communication et à l’Éducation pour la Santé.