Coralie Grévy, la femme du président jurassien

Moins célèbre que son mari, Coralie Fraisse fut l’épouse du premier président républicain de l’histoire de France. Inhumée au sein du caveau familial dans le cimetière de Mont-sous-Vaudrey, Coralie Grévy fut l’objet de nombreuses rumeurs à l'Élysée. Petit saut temporel au cœur de la IIIème république.

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Portrait de Coralie Grévy (collection Simone de Bondy, Loches).

 

e le 13 août 1811 à Narbonne, Coralie Fraisse était issue d’une famille relativement modeste, son père étant tanneur. À la mort de celui-ci, elle s’installa à Paris. Cherchant un avocat pour une affaire de succession, Coralie Grévy rencontra alors Jules Grévy. Peu à peu, des liens se tissèrent entre les deux individus. Quelque temps plus tard, dans les années 1840, les deux amants se jurèrent fidélité. De cette union naquit en 1849, la fille unique du couple, Alice Grévy, qui épousa en 1881 Daniel Wilson, le célèbre gendre ayant provoqué la chute du président jurassien suite à l’affaire des décorations.

En 1848, la carrière politique de Jules Grévy débuta avec l’avènement de la IIème république. Fervent républicain, il devint le 30 janvier 1879 le troisième président de la IIIème république. De fait, Coralie Grévy entra l’Élysée, dans les coulisses du pouvoir républicain.

Une femme humble moquée

Celle qui fréquentait le village natal de son mari, Mont-sous-Vaudrey ce qui ne la réjouissait pas ne passa pas inaperçue dans les méandres du pouvoir. Ne maîtrisant pas les codes de la bourgeoisie parisienne, Coralie Grévy fut rapidement moquée comme lorsque le prince de Galles vint à l’Élysée. Comme l’explique Pierre Jeambrun, « au moment de prendre congé, il [le prince de Galles] s’incline devant Mme Grévy et fait ses adieux au président. C’est alors que la bonne dame s’adresse à son mari : « Eh bien, Jules, qu’est-ce que tu fais ? Raccompagne Monsieur ». Elle aurait également demandé à Frédéric Mistral : « vous êtes du Midi, je crois, M. Mistral ? ». Ces anecdotes colportées dans Paris couplées à une presse comparant Coralie Grévy à une « cuisinière » ou à une « femme de ménage » la décrédibilisèrent profondément.

Lors des musiques entraînantes des réceptions présidentielles, Coralie Grévy pouvait ainsi côtoyer les puissants de cette fin de siècle. Cependant, elle préférait mener une vie humble en s’occupant par exemple de l’atelier de lingerie mis en place à l’Élysée pour les enfants pauvres.

Femme assez simple se rendant au marché, Coralie Grévy entretenait une relation relativement complexe avec son mari, les deux époux ayant un certain caractère. Ainsi, comme le souligne Pierre Jeambrun, « lorsque Coralie désirait demander quelque chose à son mari, Alice en était souvent l’intermédiaire ».

Devenant veuve le 9 septembre 1891, Coralie Grévy décéda le 1er mars 1893. Probablement incomprise, cette femme tenta de ne pas se noyer dans un monde où elle maîtrisait peu les codes.

Pour aller plus loin : JEAMBRUN Pierre, Jules Grévy ou la République debout, Paris, Tallandier, 1991. pp. 353-358.