Congrès à Paris : les maires du Jura sont restés sur leur faim

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Si les maires sont venus pour le plaisir de retrouver d’autres collègues et avant tout chercher des idées de projets au salon (même s’ils n’auront pas forcément les moyens de les réaliser), le climat était surtout celui d’une grande frustration et colère, en premier lieu du fait de l’absence du président de la République.

« La démission collective récente de nombreux élus de l’Indre pour préserver une maternité ou celle de maires découragés par la complexité d’une fonction toujours plus chronophage et la pénurie de moyens témoignent, si besoin état, que ce mandat n’est pas « un plan de carrière » ni une sinécure, mais un dévouement et une passion qui peuvent cependant trouver leurs limites. Il faut donc un changement de cap rapide de la part de l’Etat dans plusieurs domaines ».

François Baroin, le président de l’Association des maires de France (AMF) donnait le ton dans son éditorial paru dans le magazine des maires et des présidents d’intercommunalité avant même que démarre le 101e Congrès des maires, programmé du 20 au 22 novembre dernier.

Or de ce congrès, les maires jurassiens comme les autres sont rentrés en grande majorité déçus. D’abord par l’absence du président de la République, mais pas seulement.

« C’est la première fois que je ne vois aucun ministre sur aucune table ronde, observe le maire de Saint-Claude, Jean-Louis Millet. C’était très choquant cette année ».

L’an dernier, l’élu sanclaudien avait fait une intervention remarquée pour défendre le centre hospitalier de Saint-Claude. On connait la suite…

Pour cette 101e édition, il est remonté au créneau. « On va obliger des patients à faire deux heures, voire deux heures trente de route s’il neige, pour être pris en charge dans une maternité ou en chirurgie », s’insurge l’édile, qui ne comprend pas que la loi Montagne ne soit pas appliquée et qu’on mette les habitants en danger, créant ainsi « deux catégories de Français ».

« On se battra jusqu’au bout, insiste-t-il. Je ne lâche rien et le comité de défense de l’hôpital non plus ».

Des Jurassiens à L’Elysée

Une dizaine de maires jurassiens parmi plus de deux mille ont eu l’occasion le mercredi soir d’être reçus à l’Elysée pour entendre le discours d’Emmanuel Macron, disponible pour répondre ensuite au jeu des questions-réponses.

Parmi eux, le maire de Salins-les-Bains, Gilles Beder : « Je me suis posé la question de savoir si je devais y aller parce que j’étais furieux que Macron ne vienne pas s’exprimer au Congrès, explique l’élu. J’ai eu un réflexe républicain : on ne refuse pas son invitation et on va écouter ».

Le Salinois a trouvé le président brillant. « Il s’exprime très bien, mais il répond à côté de la plaque. Il lui manque de ne pas avoir eu un mandat d’élu local ». Un constat qui revient régulièrement.

« Heureusement qu’il y a Jacqueline Gourault (NDLR qui s’est vue confier le ministère de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, créé pour apaiser le climat tendu entre l’exécutif et les associations d’élus locaux) qui, elle, est à l’écoute ! J’ai eu la chance d’échanger avec elle ».

D’après le maire de Salins, ce n’était même pas la peine d’essayer d’approcher Emmanuel Macron.

« Il voudrait retrouver le chemin du dialogue avec les collectivités locales, mais il s’y prend très mal. »

Tout comme face à la révolte des gilets jaunes, qui montre une accumulation de frustrations. « Cela me fait peur. J’ai senti un homme sincère, mais on a l’impression qu’il ne comprend pas ce qu’il se passe. Il est déconnecté ».

Les maires non respectés

Pour la clôture du congrès, François Baroin a refait la liste des difficultés auxquels les maires sont aujourd’hui confrontés : l’irrespect avec le hashtag « balance ton maire », le fait de parler de « clientélisme » pour les emplois aidés, la contribution de 13 milliards d’euros sur la mandature imposée aux collectivités dans le cadre de la réduction de la dette publique, la suppression de la taxe d’habitation dont les modalités de compensation ne sont toujours pas connus par les élus locaux, les ressources supprimées à l’Agence de l’eau…

« Les maires n’ont aucune envie d’être en face-à-face. Ils ont envie d’être côte à côte, au quotidien, du préfet, des services de l’Etat », a encore affirmé le président de l’AMF.

Emmanuel Macron n’a aujourd’hui pas d’autre choix que de rétablir les liens avec les élus s’il veut constituer des alliances électorales aux municipales. C’est une question de survie politique.

La ruralité à prendre en compte

Que feront les maires en 2020 ? Ces maires qui n’échappent pas totalement au grand désaveu démocratique, dont le taux de confiance des Français baisse, dont la figure d’autorité de premier personnage de la commune a disparu pour une portion de la population… La crise des vocations guette.

Le président de l’Association des maires du Jura, Bernard Mamet, annonce que 50 % des maires jurassiens ne se représenteront pas. Peut-être aussi parce qu’en moyenne, le maire français a 63 ans, la mairesse 61 ans, qu’il/elle est retraité(e) et a fait deux mandats. Quand en plus, sur plus de 500 000 élus, l’immense majorité sont des… bénévoles.

« La fracture entre Paris et les territoires ruraux se creuse », résumait la sénatrice du Jura, Marie-Christine Chauvin, en recevant la délégation de maires jurassiens au palais du Luxembourg, jeudi.

« Le président a dit de resserrer les liens de travail entre l’Etat et nous, nous le souhaitons », concluait de son côté François Baroin. Après les paroles, il est urgent de passer aux actes.