Comment transmettre sa ferme ?

A l’heure de la retraite, plus 150 exploitants par an sont confrontés à un cruel dilemme : vendre leurs terres à leurs voisins, ou installer un jeune.

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Des exploitants ayant transmis leur ferme ont témoigné.

« Un métier fait avec passion, assurant une reconnaissance sociale ». Pas facile pour un agriculteur de « lâcher tout ça, laisser de soi ». C’est la raison pour laquelle le collectif associatif Inpact, et Terre de Liens Bourgogne Franche-Comté (Orianne Guillou), ont organisé à Commenailles une soirée d’échanges sur la transmission de fermes. Un enjeu crucial pour le maintien d’une agriculture diversifiée et pour l’accès des jeunes à la profession, tant la tentation (voire la pression) de vendre à ses voisins agriculteurs et forte. « Si un successeur n’est pas pressenti, les voisins se répartissent les terres » avant même la cessation d’activité a témoigné une agricultrice. Leur but : grossir encore et toujours, pour mieux résister, produire plus (subventions à l’hectare aidant, etc.). « Vendre à ses voisins, c’est le plus simple » certes, mais cela signifie aussi la mort d’une exploitation.

« Il est plus facile d’avoir des clients, un outil de production, des repères plutôt que de démarrer de zéro »

C’est pourquoi certains ont fait le choix de transmettre à un jeune, comme Françoise et Joël Melot, qui élevaient des chèvres à Chatelay (entre Dole et Port Lesney). A 63 et 65 ans, ils ont eu la chance de l’embaucher plusieurs années à temps partiel avant de lui céder au 1er janvier 2019 leurs 60 chèvres et leur « savoir-faire ». Grâce à cette aide, « il a repris nos clients, et pu investir en sachant qu’il pourrait vendre sa production ». « Il est plus facile d’avoir des clients, un outil de production, des repères plutôt que de démarrer de zéro » a renchéri Jean-Yves Graby, conseiller au Point info transmission à la Chambre d’agriculture du Jura. « Il y a beaucoup de demandes, nous avons reçu plus de 150 personnes l’an dernier ». Pour mettre en phase offres et demandes, il faut parfois accepter que l’exploitation évolue, voire change d’activité. Et dépasser la peur que « la ferme se casse la figure »…