Champagnole : l’Arbre de vie menacé au Kurdistan

Suite aux attaques turques en Syrie, le projet artistico-humanitaire est remis en cause. Explications de son initiateur.

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Artiste caméléon, Pascal Bejeannin a toujours un projet sur le feu, ou plutôt au bout de son fer à souder. Et c’est à Qamichli, au Kurdistan syrien que le globe-trotter devait en principe poser ses valises fin décembre 2022 pour assembler « L’arbre de vie ». Selon l’artiste, « il s’agira d’une sculpture en forme d’olivier -arbre symbolique de vie pour les Kurdes- » de grande taille (plus de 6 ou 8 mètres) qui sera en partie constituée d’armes de guerre récupérées sur les champs de bataille. Restes d’obus, de kalachnikovs, ou de douilles s’élèveront ainsi dans le ciel syrien tels l’arbre renaissant des décombres encore fumants d’une guerre sans fin.
Un symbole puissant, dont l’artiste est coutumier, pour mettre en scène l’annihilation du peuple kurde, « le peuple sans pays le plus important au monde » avec selon lui 40 millions d’âmes tentant tant bien que mal de survivre entre Irak, Iran, Syrie et Turquie.

Des pays peu connus pour leur respect des droits de l’homme et leur louable démocratie…

Selon Pascal Bejeannin, les exemples d’exactions ne manquent pas, comme ces drônes turcs survolant en permanence l’espace aérien kurde et bombardant sans coup férir des véhicules ou des personnes jugés suspects. « Un régime de la terreur instauré par le Président turc Erdogan, car sur son sol vivent 20 millions de kurdes », soit environ un quart de la population.
« Comme en Irak où ils sont bombardés, les kurdes dérangent » relate t-il : il faut qu’ils professent un islam laïcisé, égalitaire et où les femmes ont droit de cité. Selon l’artiste qui connaît bien cette région, le régime turc va jusqu’à incendier des champs d’oliviers tout en bloquant l’eau de l’Euphrate sur ses barrages hydroélectriques, pour affamer la population kurde située en aval. Des faits passés sous silence, mais mis en lumière grâce à ce projet artistique qui permettra également d’ériger autour de l’Arbre de vie un mémorial dédié à toutes les victimes de guerre.
Même dans un tel contexte guerrier, Pascal Bejeannin se dit « prêt à partir », même si les déplacements seraient périlleux du fait de bombardements ciblés effectués à la fois par des drones, des avions et des pièces d’artillerie turcs. Cette guerre occultée par la communauté internationale pourrait hélas revenir sur le devant de la scène aux J.O. de Paris en 2024 : « si on ne fournit pas d’armes aux Kurdes comme on le fait pour les Ukrainiens, Daesch -ennemi juré des kurdes- pourrait réactiver ses cellules dormantes en Syrie et fomenter des attentats en France » craint Pascal Bejeannin. Une situation à suivre de près…

Les enfants kurdes jouent dans les décombres après les bombardements turcs.