La maison de santé se dessine

Pour lutter contre une possible désertification médicale, la communauté de communes prescrit et porte un projet rassembleur. Huit bureaux seront prévus pour les médecins généralistes.

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Tous les médecins généralistes de Champagnole sont prêts à rejoindre la future maison.

Selon la communauté de communes Champagnole Nozeroy Jura (CNJ), le territoire connaît actuellement un déficit de son offre de soins : « Dans un futur proche, cette pénurie de professionnels de santé va s’accentuer et allonger considérablement les délais de prise en charge, et ainsi forcer les patients à parcourir des distances importantes afin de consulter. Afin de pouvoir répondre de manière qualitative aux besoins de santé de son territoire, mais aussi afin de le rendre plus attractif pour les professionnels de santé, CNJ souhaite construire un pôle santé. Cette structure aura pour vocation de regrouper des professionnels de santé en un seul et même lieu, afin d’assurer un meilleur service à la population et de meilleures conditions d’exercice aux professions libérales installées ».
Tous les médecins généralistes de la Perle du Jura devraient en effet rejoindre cette structure, d’où la création de huit bureaux de consultations médicales, mais aussi de trois bureaux de consultations paramédicales. Pour Clément Pernot, président de CNJ, ces huit bureaux permettront un tuilage entre anciens médecins partant en retraite et nouveaux prêts à reprendre le flambeau. Ce premier bâtiment comprendra aussi et entre autres une salle de soins de petites urgences, et une salle de décontamination, tandis qu’une pharmacie et un laboratoire de biologie s’implanteront « à leur rythme » précise-t-il.
Il ajoute également que ce projet novateur verrait ensuite un 2e bâtiment voir le jour pour regrouper davantage de para-médicaux, mais aussi pourquoi pas des vacations de médecins spécialistes. Lors de son conseil du 30 septembre, CNJ a choisi l’architecte, ce qui permettrait à la Maison de santé de voir le jour en 2021.

L’avis des professionnels

Pour le docteur François Duverne (installé en 1979) comme pour ses confrères plus jeunes les choses sont claires : aucun jeune médecin ne s’installera à Champagnole tout seul en cabinet libéral. En cause, l’aspiration à une qualité de vie et un cadre plus « confortable », mais aussi une féminisation croissante de la profession…
Les sept médecins généralistes champagnolais devraient viser leur plaque sur la maison médicale, mais « si celle-ci voit le jour en 2021, quelques uns auront peut-être pris leur retraite » confie le médecin, qui se déclare prêt à franchir le cap par souci citoyen et non par intérêt personnel : « Je vais quitter un cabinet de 32 m2 agréable attenant à mon domicile -qui ne me coûte rien puisque j’en suis propriétaire- pour un bureau de 25 m2 où je vais devoir payer un loyer ».
Pour des femmes, comme la généraliste Sylvie Buirey-Terrier, la maison de santé permettrait aussi de « ne pas être seul » à double titre. Tout d’abord « face à la montée de la violence », avec les risques de prise à partie. Mais aussi face aux départs en retraite à venir : même s’ils n’arriveront qu’à 65 ou 67 ans (car « on encourage les médecins à poursuivre » selon François Duverne), trois médecins ont dépassé la soixantaine. La future maison médicale devrait toutefois selon Michèle Pipart, allergologue  « permettre de toujours y trouver un médecin ». Une garantie précieuse pour les patients -en particulier durant les vacances- et une facilité pour lisser les départs en retraite.