Champagne-sur-Loue, un village rural authentique et calme

« Champagne, c’est un village exceptionnel pour sa tranquillité », souligne un Champagneux. Voisine d’Arc-et-Senans, la commune jurassienne de Champagne-sur-Loue est un véritable havre de paix. Quasiment encerclé par une boucle de la Loue, le village s’est organisé au fil des siècles sur un coteau verdoyant, où les espèces animales et végétales ne manquent pas. Petite visite guidée d’un village méconnu, mais disposant pourtant d’atouts.

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Devant cette église, un tilleul se dresse. Appelé par les Champagneux et les Champagneuses « l’arbre de la liberté », celui-ci fut probablement planté durant la Révolution française (1789-1799).

Isolée géographiquement et limitrophe avec le département du Doubs, cette localité rurale de la communauté de communes du Val d’Amour offre un cadre de vie idyllique aux habitants. Bénéficiant d’une biodiversité préservée, les Champagneux et les Champagneuses profitent d’un cadre particulièrement reposant. Au programme, de superbes balades à faire sur le territoire de cette commune, avec un point culminant à 320 mètres de hauteur qui offre un panorama à 360°.

« Le village est situé à la naissance du Val-d’Amour, sur le penchant oriental d’un côteau qui borde la rive gauche de la Loue », note Alphonse Rousset, avant d’expliquer l’origine possible du nom du village : « M. Ed. Clerc dit avec raison que les ruines rendent le sol aride et pierreux, et que les cantons autrefois déserts et stériles, où elles se rencontrent, se nomment souvent Champagne, Champagnole, Champagnolot ». Alphonse Rousset précise ainsi l’origine du toponyme de cette localité.

Au fil des deux derniers siècles, comme dans de nombreux villages, la démographie évolua considérablement à Champagne. En 1793, le village abritait 320 habitants. La population crût ensuite, puisque en 1831, 341 personnes y étaient dénombrées. Il s’agit là de l’apogée démographique de Champagne. Peu après, en 1856, le village ne comptait plus que 228 âmes, soit une diminution d’un tiers de la population en 25 ans. S’en est suivie pendant plusieurs décennies une période avec des variations démographiques d’environ 50 habitants. Particulièrement viticole, le village fut touché par le phylloxéra à la fin du XIXe siècle. Cette crise accéléra l’exode rural déjà entrepris, si bien qu’en 1901, 141 individus peuplaient Champagne, soit environ 70 habitants de moins qu’en 1876. Dans la première moitié du XXe siècle, une certaine stagnation de la population fut constatée bien que de petites variations furent aussi relevées, avec un pic de 170 habitants en 1954. Une chute du nombre de villageois fut ensuite notée, puisqu’en 1982, 107 personnes se trouvaient à Champagne-sur-Loue. Depuis la seconde moitié des années 2000, la population du village stagne autour de 130 habitants, soit environ 60 % de moins que 200 ans plus tôt. Une donnée essentielle pour appréhender l’histoire du village.

La mairie de Champagne-sur-Loue.

Histoire et origine de cette localité

Alphonse Rousset fait « remonter l’origine de ce village à l’époque romaine ». Il est néanmoins complexe d’être précis sur la datation de l’installation humaine la plus précoce sur l’actuel territoire de Champagne.

Au XVIe siècle, le chronique Louis Gollut (1535-1595) « comprenait le château de Champagne au nombre des principales forteresses du pays ». Christine Matthieu, passionnée par l’histoire de Champagne-sur-Loue raconte qu’en « 1595, quand les troupes d’Henri IV sont venues faire le siège d’Arbois et de Salins, ils ont campé dans la plaine entre Liesle et Champagne et ils ont brûlé la forteresse. Mais il y a eu plusieurs forteresses », avant d’ajouter qu’il « y avait une motte » à Champagne. Alphonse Rousset indique également que le village aurait subi des destructions durant la guerre de Dix Ans (1634-1644).

Signés en 1678, les traités de Nimègue eurent notamment pour effet le passage du comté de Bourgogne sous l’autorité du roi de France. Alors, Champagne devint officiellement français.

Au milieu du XVIIIe siècle, un terrible incendie éclata. Et pour preuve, comme le remarque Christine Matthieu, « Quand on traverse le village, il y a beaucoup de maisons qui sont datées du XVIIIe siècle. Il y a dû y avoir une reconstruction ».

Au XVIIIe siècle, plusieurs édifices furent effectivement élevés, à l’instar de la cure en 1742 et d’une maison commune en 1775. L’église actuelle date aussi du siècle des Lumières, « mais il y avait probablement une église avant qui faisait partie des fortifications parce qu’elle n’est pas orientée est-ouest normalement », constate la passionnée.

Champagne a également abrité plusieurs moulins. Celui surnommé le moulin neuf a une histoire plutôt trépidante. La spécialiste de l’histoire du village la raconte : « Il a été construit une première fois sous la Révolution, mais sans autorisation. Donc après la Révolution, on leur a fait détruire. Et il a été reconstruit après. Avec le moulin, il y avait une activité importante. [Au XIXe siècle], il y avait deux foires annuelles à Champagne ».

Groupées, les maisons, pour beaucoup en pierre, posées directement sur la roche pour certaines, forment une configuration particulière autour de l’église – ce qui laisse supposer l’ancienneté de ce village viticole.

Un village également traversé par le saumoduc, une canalisation souterraine qui emmenait la saumure, soit l’eau salée, de Salins à la Saline royale d’Arc-et-Senans. Les fuites de ces « tuyaux de conduite des eaux de Salins », selon les mots d’Alphonse Rousset, pouvaient provoquer la colère des habitants de Champagne – celles-ci polluant leurs terres.

Durant la guerre franco-prussienne (1870-1871), le Champagneux Léon Mesny de Boisseaux fut notamment tué. La mère de ce jeune homme réalisa un monument en la mémoire de son fils, avant de le donner à la commune pour en faire le monument aux morts. En cela, le monument aux morts de Champagne-sur-Loue est assez atypique et assurément unique.

En 1895, le pont à cinq arches assez caractéristique du village fut construit. Onze ans plus tard, en 1906, un décret attribua à la commune de Champagne la dénomination de Champagne-sur-Loue (Le Radical, 14 décembre 1906, p. 3.), probablement pour la différencier des autres communes portant le même nom.

Pendant la Première Guerre mondiale, en octobre 1916, Léon Arthur Edmond Depras, né à Champagne en 1873, disparut en mer lors du naufrage du Gallia. Durant la Seconde Guerre mondiale, des Autrichiens s’installèrent dans le village.

Dans les années 1970, un relais de télévision fut installé à Champagne-sur-Loue, permettant alors à une vingtaine de communes des alentours d’en bénéficier.

Comme le remarquait déjà Alphonse Rousset au milieu du XIXe siècle, des inondations se produisent encore à Champagne-sur-Loue. Au milieu des années 1990, à Noël, des agriculteurs durent même ramener des habitants dans des bennes tellement l’eau recouvrait les routes. Plus récemment, le bas de la commune a de nouveau subi des inondations.

L’église et son patrimoine précieux

En mai dernier, les travaux de l’église Saint-Ferréol et Saint-Ferjeux débutèrent. Devant durer quatre mois, ceux-ci permettront de rénover la toiture et la charpente de l’église, tout en mettant aux normes les installations électriques, vieilles d’un siècle. La municipalité a donc lancé un appel aux dons pour la soutenir, en coopération avec la Fondation du Patrimoine. 

Et du patrimoine, l’église de Champagne-sur-Loue en abrite. Bien que non classée, elle a un réel intérêt culturel. À la fin du XIXe siècle, deux pierres tombales qui se trouvaient sous le tilleul, devant l’église, ont alors été rentrées dans celle-ci. L’une est celle de Pierre Claude Baudier (1767-1848), un ancien prêtre confesseur de la foi et curé de Villers-Farlay né à Champagne, tandis que l’autre rappelle le souvenir de François Richard Depagno [de Pagnoz] (né entre 1750 et 1753-1819), ancien prêtre et curé de Champagne.

Dans l’église est aussi visible un retable imposant datant de la fin du XVIIIsiècle. Une sculpture en bois peinte du XVIIIe siècle représentant l’Annonciation, inscrite au titre d’objet à l’inventaire des Monuments Historiques depuis 1974, y est aussi conservée. Mieux encore, une Vierge à l’Enfant en pierre du XVIe siècle, classée à l’inventaire des Monuments Historiques depuis 1975, repose dans cette église.

La pierre tombale de Pierre Claude Baudier (1767-1848), un ancien prêtre confesseur de la foi et curé de Villers-Farlay né à Champagne.

Un patrimoine viticole unique : la vigne conservatoire

Avant la destruction de pieds de vigne par le phylloxéra à la fin du XIXe siècle, la Franche-Comté comptait une quarantaine de cépages différents. La vigne conservatoire du Val d’Amour, située à Champagne-sur-Loue, est un lieu dédié à la préservation de ce patrimoine viticole. Le choix de ce village est d’autant plus pertinent qu’au XIXe siècle, « Champagne a [eu] un des plus beaux vignobles du Jura », d’après Alphonse Rousset.

Ce projet de vigne conservatoire remonte à la fin du XXe siècle. Le 4 août 1995, un orage de grêle détruisit les récoltes des vignes de Cramans et de Champagne-sur-Loue. Une association de vignerons amateurs se forma quelques années plus tard. Le 13 février 1998, l’association des vignerons du Haut Val d’Amour naquit. Les missions de cette association sont simples : protéger et valoriser le patrimoine viticole.

En 2006, la communauté de communes du Val d’Amour mit un terrain à la disposition de cette association. Depuis, les membres de l’association des vignerons du Haut Val d’Amour entretiennent la vigne, tout en la valorisant, alors que la Société de viticulture apporte un soutien technique.

« À la vigne conservatoire, il y a eu la réalisation d’une caborde qui est l’ancienne baraque des vignerons », Jean-Noël Cote, 2ème adjoint de la municipalité de Champagne-sur-Loue. Crédit photographique : Christine Matthieu.

Ces efforts, pour retrouver dans des vieilles vignes ou friches des cépages largement éradiqués, portèrent leurs fruits. Ceux qui visitent la vigne conservatoire peuvent alors découvrir, sur cinq ares, une petite quarantaine de cépages franc-comtois d’avant le phylloxéra. Un assemblage fut même créé avec ceux-ci pour former un pétillant baptisé « Perles d’antan ».

Ce patrimoine viticole ne passa pas inaperçu, puisque le 1er juin 2019, la communauté de communes reçue le prix René Renou 2018, décerné par l’Association Nationale des Élus de la Vigne et du Vin (ANEV). « C’est un prix qui est destiné à récompenser les initiatives dans le monde de la viticulture qui permettent de redonner valeur au patrimoine. À la vigne conservatoire, il y a eu la réalisation d’une caborde qui est l’ancienne baraque des vignerons », précise Jean-Noël Cote, 2ème adjoint. Une réelle consécration pour ce lieu, puisque comme l’explique Marie-Christine Paillot, maire de Champagne-sur-Loue depuis 2017, « juste avant nous, c’était Bordeaux » qui avait reçu ce prix.

Ceux qui visitent la vigne conservatoire peuvent alors découvrir, sur cinq ares, une petite quarantaine de cépages franc-comtois d’avant le phylloxéra. Crédit photographique : Christine Matthieu.

Une biodiversité foisonnante

« Un village exceptionnel pour sa tranquillité qui a été classé touristique dans le PLUi de la communauté de communes. Tout le territoire est aujourd’hui en Natura 2000. Il y a énormément d’efforts de fait dans cette commune pour protéger la biodiversité. J’adore être sur la côte de Champagne et écouter le réveil des oiseaux, le réveil de la nature, c’est fabuleux ! On n’imagine pas le nombre de chants d’oiseaux différents qu’on entend. C’est impressionnant ! », note le 2ème adjoint de la commune, alors séduit par la biodiversité présente à Champagne-sur-Loue.

Entre les bords de Loue et les espaces plus boisés du coteau, plusieurs espèces animales et végétales sont observables. Des habitants déplorent néanmoins ce cadre Natura 2000, jugé extrêmement strict. D’autres indiquent que cette riche biodiversité entraîne un certain tourisme qui génère une pollution, autant sonore que visuelle.

Un nouvel exploitant pour le camping

Petit village rural, Champagne-sur-Loue compte surtout des agriculteurs, dont deux exploitants agricoles tournés vers l’élevage, un exploitant agricole travaillant les céréales bio, un vigneron, un maraîcher ainsi qu’un producteur de safran et de produits dérivés. En dehors du milieu agricole, quelques professionnels y sont aussi installés, et plus précisément un entrepreneur charpentier-couvreur et un guide de pêche. Un moulin est aussi un lieu de production d’électricité.

Évidemment, avec notamment une perte de population importante, des commerces autrefois réputés disparurent, comme un restaurant renommé. Des lieux de vie, comme l’ancienne épicerie, s’envolèrent.

Gros avantage toutefois, un camping existe à Champagne-sur-Loue. Permettant la venue de touristes, celui-ci « était en délégation de service public jusqu’en 2020, mais les exploitants ont déposé le bilan. L’année dernière, il n’y a pas eu d’exploitation du tout. Cette année, il va normalement rouvrir à partir du début mai, avec un nouvel exploitant », note la maire de la commune.

Pour dynamiser malgré tout cette commune sans école, la municipalité peut aussi compter sur les près de vingt-cinq membres du Comité des Fêtes qui organisent, habituellement chaque année, une petite fête pour les villageois, en juin. Plus conséquente, la fête du village, se déroulant à la fin du mois de juillet, attire des personnes des environs. La société de chasse et le club pour les anciens permettent aussi aux habitants de se retrouver.

Inutile néanmoins de s’inquiéter pour le réseau. Les Champagneux et les Champagneuses ne sont plus en zone blanche et disposent de la fibre depuis 2013.

« M. Ed. Clerc dit avec raison que les ruines rendent le sol aride et pierreux, et que les cantons autrefois déserts et stériles, où elles se rencontrent, se nomment souvent Champagne, Champagnole, Champagnolot », Alphonse Rousset.

« Vivre à Champagne, c’est reposant. C’est encore un village avec des gens qui se connaissent », conclut un Champagneux.

Pour aller plus loin : bibliographie non exhaustive :

ROUSSET Alphonse, MOREAU Frédéric, Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté (…), Bintot, imprimeur-libraire, Besançon, tome I, 1853, pp. 406411.

Anthony SOARES

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