CETA : les agriculteurs contre un accord “injuste”

Cet accord commercial entre Canada et Union Européenne ne passe pas auprès de certains agriculteurs, inquiets d’un libéralisme et d’une concurrence accrus.

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Danielle Brulebois députée (à g.) et Marie-Christine Chauvin, sénatrice ont débattu avec des éleveurs du Jura.

En débat depuis des années, le « Comprehensive Economic and Trade Agreement » entre Canada et Union Européenne, plus connu sous l’acronyme CETA, ne passe pas auprès de certains agriculteurs jurassiens. Pour la Confédération paysanne du Jura, il est synonyme de « mise en concurrence de tous les agriculteurs, afin de tirer les prix vers le bas (vers les cours mondiaux) ». Pour Nicolas Girod, porte-parole national de la Confédération, dans le Jura « on ne peut pas être concurrentiels avec des bretons, et à fortiori avec des Canadiens ». Afin de faire valoir ses positions, deux parlementaires ont été invitées dans l‘exploitation d’Antoine Girod, sise au Fied, pour faire le point avant le vote définitif du CETA au Sénat. Danielle Brulebois, députée du Jura (LREM) ne s’est pas dérobée à l’invitation, bien qu’ayant voté pour la ratification du CETA au Parlement. Selon elle : « Le libre échange existait déjà avant le CETA à travers divers accords commerciaux, et le CETA –initié sous la présidence de Nicolas Sarkozy et relancé sous celle de François Hollande-  n’est donc pas la cause de tous les maux ». Selon elle « mieux vaut un accord que pas d’accord », ce qui laisserait le marché régit par certaines organisations mondiales (de type OMC/ FAO), pour certaines aux mains des chinois.

L’agriculture française « en solde » ?

Pointant du doigt le fait que « 80% des viande consommée dans la restauration collective ne proviennent pas de la France », elle a plaidé pour la mise en place de circuits plus courts, étiquetage et traçabilité adéquates aidants. Enfin, elle a souligné que le CETA reconnait 42 AOP (appellation d’origine protégée, incluant entre autres le Comté). Mais le compte n’y est pas pour la sénatrice (LR) Marie-Christine Chauvin : « Le CETA constitue un mauvais accord pour sa partie agricole. Je m’oppose à sa ratification –comme une majorité du groupe LR- car cette partie agriculture s’avère très pénalisante…/…pour le lait standard et la viande par exemple ». Des propos corroborés par Antoine Girod, 37 ans, producteur de lait à Comté bio : « Le CETA revient à mettre une étiquette ‘soldes’ sur l’agriculture française » et plus précisément sur la filière viande bovine qui selon ses propos « va prendre cher » face aux exploitations canadiennes, plus intensives et moins qualitatives. Nicolas Girod, lui aussi producteur de lait à Comté estime que les exploitations commercialisant de la viande bovine n’auront « pas le temps de s’adapter ». Depuis longtemps attendu au Sénat, la ratification finale du CETA n’est pour l’instant, toujours pas annoncée…