Centres commerciaux, lotissements, urbanisation : vers le « moins »

Le projet de loi « Climat et résilience » veut sonner le glas d’un modèle de développement urbanistique dépassé sur le plan environnemental. Eclairages.

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Toujours plus nombreux, toujours plus grands : pendant  des années, la France aurait selon Emmanuelle Wargon, Ministre de la Transition écologique chargée du Logement, été un peu la championne du monde des centres commerciaux. Suite à la récente présentation du projet de loi « Climat et résilience », elle a estimé que « ce qu’on a suffit ». Exit donc la création de nouveaux centres…sauf dérogations (surfaces commerciales inférieures à 10.000 m2). Des surfaces atteintes ou dépassées par plusieurs centres dans nos départements, qui devraient ainsi voir leurs positions confortées par moins de nouveaux concurrents à venir. Mais voir peut-être aussi leur rénovation devenir impossible : le Conseil national des centres commerciaux (CNCC) estime en effet que de nombreux centres anciens n’auront pas la possibilité de faire peau neuve sans dégager de nouvelles ressources via un agrandissement. Tout cela suffirait-il cependant pour assurer leur retour en grâce ? Depuis plusieurs années, les mastodontes de la grande distribution semblent marquer le pas face à aux magasins de proximité (dont des supermarchés). Une chose est sûre : pour Emmanuelle Wargon, il s’agit bien de redynamiser les commerces de centre ville, et miser sur la proximité plutôt que sur la périphérie des villes.

Une possible hausse du foncier du fait de sa rareté 

Mais le texte bientôt débattu à l’Assemblée nationale va plus loin, avec le but affiché d’une “zéro artificialisation nette” à terme : soit l’obligation de diviser déjà par deux, dans les dix prochaines années, le rythme de l’artificialisation des sols par rapport aux dix années écoulées. Le projet définit un sol artificialisé comme “un sol dont l’occupation ou l’usage affectent durablement tout ou partie de ses fonctions ». Une notion qui reste à préciser, mais qui aurait d’importantes conséquences sur la stratégie d’urbanisme locale : Sraddet (schémas régionaux d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires), Scot (schémas de cohérence territoriale) et PLU (plans locaux d’urbanisme). En ce qui concerne ces derniers, chaque collectivité locale devrait justifier l’ouverture de nouveaux terrains à urbaniser, en prouvant qu’il est impossible de densifier les zones déjà urbanisées ou d’aménager des friches. En résumé, bâtir sur des terres agricoles ou des espaces naturels deviendra de plus en plus ardu…à moins de compenser en renaturant des sols bâtis. De quoi peut-être mettre des bâtons dans les roues de nombreux maires adeptes de la création de nouveaux lotissements, mais aussi des bâtisseurs de tous bords. Selon de nombreux professionnels du secteur, ce qui est rare est cher : plus il sera difficile de trouver du terrain, plus son prix devrait augmenter. Un renchérissement des coûts aussi généré par la réhabilitation ou la reconstruction de bâtiments, opérations qui ont toujours été plus onéreuses que de bâtir ex-nihilo…

Stéphane Hovaere

La location des « passoires énergétiques » interdites ?

C’est l’objectif ambitieux fixé par le projet de loi à l’horizon 2028, pour contraindre leurs propriétaires à s’en débarrasser ou à les rénover : les logements classés F et G (selon de nouveaux critères) ne seraient en effet plus considérés comme « décents » à compter de cette échéance encore un peu lointaine. D’ici là, il ne serait plus possible d’augmenter les loyers des logements “à consommation d’énergie excessive” un an après la promulgation de la loi. De quoi refroidir certains bailleurs, mais aussi des professionnels du secteur, tandis que le secteur de la rénovation devrait en profiter à plein.