Ça sent le sapin pour les sapins !

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Les élus, bien conscients des enjeux (à d. Clément Pernot, président du conseil départemental).

Face au dérèglement climatique, nos belles forêts de résineux ont du mouron à se faire. Après les épicéas dévastés, un nouvel insecte ravageur pourrait attaquer cette fois les sapins.

Le scolyte curvidenté : cette minuscule petite bête au drôle de nom deviendra t-elle le cauchemar des forestiers dès ce début d’année 2019 ? C’est ce que craint l’association des communes forestière du Jura, d’où la réunion exceptionnelle d’information qui s’est dernièrement tenue  à destination d’une centaine de municipalités.

Son président, Michel Bourgeois, connait mieux que quiconque l’importance des ressources financières pour de nombreuses communes jurassiennes, la sienne (Entre deux-monts) tirant 30 à 50% de son budget de fonctionnement annuel des ventes de bois.

« Le scolyte curvidenté est sans doute déjà présent dans les sapins, mais il passe à l’attaque lorsque les arbres sont stressés ». Et dieu sait que l’an 2018 restera marqué par un stress hydrique « jamais vu » de mémoire de forestier.

« En Europe, 50 millions de m3 de bois, soit un arbre sur deux est sec » précise Michel Bourgeois pour quantifier l’impact exceptionnel sur des forêts de résineux dévastées. Il faut dire que le scolyte typographe (un autre ravageur) avait déjà creusé la tombe des épicéas (en particulier ceux qui poussent à moins de 600 mètres d’altitude, que le président Bourgeois estime condamnés). Et que d’importants volumes de bois sec arrivent sur le marché, des particuliers s’empressant de les faire couper.

Des forêts plus « méditerranéennes » ?

Les communes forestières essaient quant à elles de faire le dos rond pour ne pas faire trop chuter les cours, mais les scieurs sont en position de force. D’où l’appel de l’association à « rester fermes sur le prix de vente des bois verts ». Seul espoir de « sauver les meubles » face à une révolution climatique qui s’annonce pérenne : « des hivers froids, avec des -10 ou -15°C » qui pourraient tuer une partie des colonies de scolytes. Et surtout une révolution à anticiper dans les forêts jurassiennes, car « quand on plante un arbre, c’est pour 50 ans » explique Michel Bourgeois.

D’où certains essais en cours, par exemple sur le sapin Douglas, qui serait plus résistant face aux bouleversements climatiques. Un immense travail de replantation (en mélanges feuillus/ résineux) est d’ailleurs à prévoir, car les forêts jurassiennes (une fois tous les arbres secs abattus) ressembleront à un immense gruyère. En attendant de ressembler –qui sait !- un jour à des forêts plus « méditerranéennes ».

Stéphane Hovaere