Bûcheronnage : une compétition qui va envoyer du bois

Les championnats de France Stilh-Timbersports ® se disputeront pour la première fois dans le Jura à Champagnole les 22 et 23 juin. L’occasion de découvrir ce sport méconnu avec Sébastien Masnada, le champion de Sapois.

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Sébastien Masnada (ici dans son atelier d'entrainement à Sapois) avait reçu la visite de Clément Pernot.

Sébastien Masnada fera feu de tout bois

Surnommé « Le métronome », le vice-champion de France 2009 sera le local de l’étape de Champagnole le 23 juin prochain. Membre de l’équipe de France depuis 2009, le Jurassien est un athlète aguerri, habitué des places d’honneur. Cet exploitant forestier de 35 ans a commencé par les concours de bûcherons traditionnels dès l’âge de 16 ans avec son père, lui-même compétiteur. « Mon père était un vrai passionné, il m’a transmis le virus car il disputait tous les concours des environs » se souvient Sébastien Masnada. Il faut dire qu’à Sapois, on est le bûcheron de père en fils, de génération en génération. Dans l’entreprise familiale, le compétiteur a aménagé chez lui un espace d’entraînement lui permettant d’accueillir des stages de l’équipe de France. Son objectif : l tenter de conforter sa place et aller chercher de nouveaux podiums. Il en est sûr, sa régularité paiera ! Ses épreuves de prédilection ? Celles de hache (dont  la hache à la verticale). Son palmarès sur le circuit Timbersports® Championnat de France : 5ème en 2015 et 2018, 4ème en 2016, 3ème en 2014 et 2e en 2009 (sans compter plusieurs finales et deux victoires au mythique concours de Saint Laurent en Grandvaux). Toujours bien classé, il espère briller « à la maison » dans cette première épreuve de Timbersports du Jura. Et pas seulement grâce à sa carrure de bébé : « Ce sport requiert 50% de technique, 30% de matériel et 20% seulement de physique » explique le bûcheron qui tentera de ne pas « trop se mettre la pression, car une erreur ne pardonne pas quand on se bat contre le chrono ». A ce niveau de la compétition, les blessures sont rares malgré les outils affûtés comme des scalpels : outre leur maîtrise technique, les compétiteurs sont équipés de cotes de maille qui les protègent efficacement.

Une compétition qui va envoyer du bois

Champagnole accueillera le dimanche 23 juin la 2e manche qualificative (demi-finale) du championnat de France 2019 Stihl Timbersports®. Les meilleurs bûcherons de France débarqueront donc sur le stade des Aciéries. Parmi les 16 à 18 participants, seuls les 6 premiers seront qualifiés pour le championnat de France qui aura lieu à Sedan, les 7 et 8 septembre 2019. Le championnat de France est lui-même qualificatif pour les championnats du monde (individuels et par équipe). En préambule, aura lieu le samedi 22 juin la « Rookie Cup » européenne : cette compétition européenne réservée aux jeunes sportifs (moins de 25 ans) sera homologuée (bois, arbitre et chronométrage officiel) : les 6 premiers européens à la fin de la saison seront qualifiés pour les championnats du monde 2020. Un fabuleux défi que relèveront dix sportifs français et deux sportifs étrangers.

Championnat de France Stilh-Timbersports ® le dimanche 23 juin au stade des aciéries à Champagnole. « Rookie Cup » européenne le samedi 22 juin au même endroit.
Plus d’informations : www.champagnolenozeroyjura.fr

Stéphane Hovaere

Sebastien Masnada en plein effort au passe-partout.
Crédit photo : Limex Images/Andreas Schaad

Des épreuves bien charpentées

Les champions plancheront sur 6 épreuves : 3 à la hache, et 3 à la scie.

L’underhand chop (hache à l’horizontale) : le sportif se place debout sur la bille de bois d’un diamètre de 32 cm qu’il doit couper entre ses pieds. Un geste doit donc être parfaitement maîtrisé et coordonné. Le standing block chop (hache à la verticale) : cette discipline simule l’abattage d’un arbre à la hache grâce à une bille de bois -d’un diamètre de 30 cm- fixée verticalement. Le Springboard : cette discipline fait référence à une époque où les bûcherons escaladaient des racines de parfois plusieurs mètres de haut et utilisaient leurs « springboards » (tremplins) pour atteindre les parties hautes du tronc, plus faciles à abattre que les racines plus larges et plus dures. Il s’agit donc de placer deux petits tremplins dans un tronc ancré verticalement, et d’abattre une bille de bois (diamètre de 27 cm) placée au sommet. Une épreuve spectaculaire et en hauteur demandant précision, équilibre et rapidité. Le passe-partout : à l’aide d’une scie de près de 2 mètres  le sportif doit découper une rondelle  dans une bille de bois d’un diamètre de 46 cm. Tronçonneuse de série : il s’agit de scier deux rondelles dans un rondin de 40 cm à l’aide d’une tronçonneuse absolument identique à celles disponibles dans le commerce. Tronçonneuse de compétition : ces « Formule 1 » de la tronçonneuse qui pèsent près de 30 kg (puissance d’environ 80 chevaux et vitesse de chaîne de 250 km/h), devront scier le plus vite possible 3 rondelles complètes dans un billot de 46 cm. Sachant que le but du jeu est d’être le plus rapide dans chaque épreuve, que le meilleur gagne !

Dans le Jura, quand on n’a pas de pétrole…on a du bois !

Une filière bois énergie pour Champagnole Nozeroy Jura

La compétition de bûcheronnage a bénéficié du soutien de la communauté de communes Champagnole Nozeroy Jura (CCCNJ) pour honorer et faire vivre cette tradition séculaire. Mais la filière bois dans son ensemble pourrait acquérir d’autres lettres de noblesse a travers la mise en place d’un circuit court de bois déchiqueté. Clément Pernot, président de la CCCNJ, espère en effet assurer un jour l’autonomie énergétique du territoire, grâce à cette ressource renouvelable et on ne peut plus « verte ». Une ressource pléthorique dans le secteur, et qui pourrait selon lui « assurer aux communes forestières un débouché pour leur bois de moindre qualité ». Tout le monde pourrait donc y trouver son compte à commencer par les ressortissants de la comcom’ qui un jour pourront dire : « Le chauffage dont j’ai bénéficié ce jour est issu de mon territoire ». Cette avancée écologique et économique, Clément Pernot l’a appelée des ses vœux avec humour : « Le fioul produit des emplois au Qatar, le bois dans le Jura. Entre les deux je n’hésite pas une seconde !». Selon une étude d’approvisionnement territorial réalisée en 2016, la ressource serait suffisante pour alimenter les chaufferies bois actuelles, mais aussi et surtout en développer de nouvelles. La comcom’ se prend donc à rêver de chauffer ainsi le centre nautique Les Tritons, le collège, les futurs gymnases, voire certains habitats de proximité (OPH39). Le projet est sur les rails : selon Clément Pernot, « nous devons être moteur, plutôt que d’attendre les opérateurs privés ». Le projet adopté par le conseil communautaire est actuellement en phase d’instruction.

L’épreuve du springboard, très spectaculaire (à 2 mètres de haut). Photo by Andreas Schaad/Limex Images.