Bientraitance animale : une nouvelle cellule pour les éleveurs

Face aux attaques de mouvements antispécistes, les agriculteurs ont mis en place une cellule axée sur une prévention précoce, de façon à aider les exploitations en difficulté. Une cellule départementale dédiée à la bientraitance animale La cellule départementale opérationnelle de prévention a été mise en place, pour « détecter de manière précoce les éleveurs en difficultés (économique et/ou sociale) ».

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Des vaches mieux traitées : un objectif devenu prioritaire après des actions antispécistes choc.

Le sujet tabou de la bientraitance animale a fait couler beaucoup d’encre, après les images chocs diffusées par l’association L 214, ou après les attaques de boucheries par des militants antispécistes.
Face à ces questions brûlantes, une cellule pour la bientraitance animale est née récemment. Pilotée par la chambre d’agriculture du Jura et le groupement de défense sanitaire (GDS), la cellule départementale opérationnelle de prévention a été mise en place, pour « détecter de manière précoce les éleveurs en difficultés (économique et/ou sociale) » explique Eric Pierrel, directeur du GDS 39.
Son objectif consiste en effet à intervenir suffisamment en amont pour trouver une solution favorable à l’éleveur et à ses animaux, et dénouer des situations souvent complexes, sachant que « son champ d’action se limite aux ruminants (et non par exemple aux équins) » précise  Eric Pierrel.
Face aux paysans souvent taiseux lorsque les difficultés s’accroissent, la commission dispose de nombreux canaux pour identifier un problème : en France, les cheptels bovins s’avèrent en effet surveillés régulièrement par les services de l’état (par exemple les services vétérinaires). Plusieurs indicateurs techniques peuvent donc mettre la puce à  l’oreille de la commission : mortalité accrue (qui ne serait pas imputable à une épidémie par exemple), maladies en recrudescence, qualité du lait en baisse, etc…
S’y ajoutent des « lanceurs d’alerte » qui peuvent être tous les acteurs de terrain proches des exploitations (lire ci-dessous). Des indicateurs financiers et sociaux peuvent compléter l’analyse laissant penser « qu’il peut y avoir un problème ».

4 dossiers instruits en 4 mois

Avec l’accord de l’éleveur, la commission peut alors « voir ce il est possible de faire pour sortir d’une passe difficile ». Selon Eric Pierrel, les cas de maltraitance avérés sont rares, et le tableau s’apparente plutôt à des agriculteurs dépassés par une accumulation de difficultés de différents ordres.
Parmi celles-ci, le dérèglement climatique tient une bonne place, puisque le manque qualitatif ou quantitatif de fourrage peut influer sur la bonne santé des bêtes, ou la santé financière de l’exploitation. Dans tous ces cas, où l’éleveur de bonne foi n’arrive plus à faire face, la commission peut proposer un plan d’actions (mesures d’accompagnement ciblées, mise en place d’actions préventives, et suivi sur le moyen/long terme). Sur le plan financier, « certains agriculteurs n’ont pas fait de demande pour bénéficier de certaines primes auxquelles ils pourraient avoir droit –comme par exemple celles liées à la sécheresse », d’où l’idée de les conseiller pour renflouer si besoin leur trésorerie.
Autres leviers d’action : régulariser (sans pénalités) la situation administrative de veaux qui n’auraient pas été identifiés, discuter avec les banques et le centre de gestion, etc.
D’après le GDS, 4 dossiers ont déjà été instruits en 4 mois dans le Jura, mais lorsque l’éleveur fait la sourde oreille ou lorsque de la maltraitance est avérée, c’est une cellule d’urgence pilotée par la direction des services vétérinaires qui prend le dessus.

Les bêtes restent la fierté des agriculteurs, comme le prouvent les nombreux comices agricoles.

L’accompagnement de Solidarité Paysans

Pour l’association qui vient en aide aux agriculteurs en difficulté, la maltraitance résulte d’un contexte général où la condition paysanne souffre. Lorsqu’on travaille 50h par semaine pour gagner moins qu’un Smic, comment faire pour prendre soin de ses bêtes ?
Surtout lorsqu’un pépin arrive : la chaîne évacuant le fumier ou le tracteur qui tombe en panne, ou le dérèglement climatique qui rend le fourrage hors de prix.
« Dès ce printemps, on ne trouve rien ! (ou à des prix prohibitifs). Si ça continue comme ça, que vont manger les vaches cet été ?» s’interroge Henri Poncet, bénévole depuis 6 ans à Solidarité paysans (SP).
Ancien éleveur, il explique : « Un agriculteur aime en général ces animaux, mais il peut être dépassé par les problèmes, ce qui peut conduire à de la négligence ».
Manque d’eau ou d’alimentation, amaigrissement, animaux laissés dehors en hiver : les cas de figure divergent mais restent isolés dans le Jura.
S’y ajoutent les manquements aux très nombreuses normes qui régissent la profession, par exemple ne pas déclarer un animal dans les huit jours de son arrivée à la ferme, ou ne pas baguer celui-ci.

Éviter l’euthanasie de tout un troupeau…

Souvent les vétérinaires, les voisins ou même les maires jouent le rôle de lanceurs d’alertes : une alerte parfois mal perçue par les paysans, surtout si un contrôle des services administratifs y fait suite.
« Un contrôle est un moment de pression, qui peut parfois mal tourner » explique Christelle Hedouin, animatrice à SP 39. L’association intervient donc pour jouer un rôle de médiation :
« Quand un paysan bénévole parle avec un paysan, un lien de confiance peut se créer » constate Henri Poncet. SP 39 intervient donc en accompagnement de la commission départementale de prévention, pour mettre en place un plan de sauvegarde évitant d’aller jusqu’aux extrêmes : « En dernier recours, les services vétérinaires peuvent ordonner la saisie (et souvent l’euthanasie) d’un troupeau » selon Christelle Hedouin. Une solution finale rare, qui devrait devenir exceptionnelle grâce à cette nouvelle commission…

Une maltraitance saisonnière ?

Selon des techniciens proches du milieu agricole, il y aurait bien des cas (limités) de maltraitance dans le Jura, plutôt hivernaux. “On voit parfois l’hiver au champ des vaches qui n’ont pas de place à l’étable. La SPA ne peut rien faire tant qu’il y a de l’eau et une botte de paille, mais ces animaux n’ont rien à faire à cet endroit de manière prolongée”. Sollicitées par notre rédaction, la SPA de Lons-le-Saunier et l’association Humanimo, n’ont pas été en mesure de donner suite à nos questions, dans les délais impartis.