Aux origines du Val d’Amour

« La magnifique vallée qui commence à Arc-et-Senans et qui finit à Parcey a porté successivement les noms d’Amaous, de Val-Loue et de Val d’Amour » explique au début du XXe siècle J. Dal dans son ouvrage dédié au Val d’Amour. Pays des Amaous, une peuplade venue de l’actuelle province de Hollande, ce territoire connut une dense histoire au fil des siècles. Entre légende et histoire, retour aux origines du Val d’Amour…

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Le Val d’Amour s’anime au gré de la Loue et de la forêt de Chaux.

Selon la légende, il y a fort longtemps, le Val d’Amour était couvert par un gigantesque lac. C’est sur cette étendue d’eau que se forgea le mythe de Loys et Euriette. Fille de Rainfroy, un individu riche vivant à Clervans, dans un château au bord du lac, Euriette, qui était d’une incroyable beauté, tomba éperdument amoureuse de Loys. Cet amour était réciproque. Toutefois, étant un simple troubadour, Loys n’était pas, selon Rainfroy, assez bien pour sa fille. Ne voulant pas que le demoiselle épouse cet homme dénué de toute richesse matérielle, Rainfroy fit enfermer sa fille.

Riche de son courage, Loys, creusa dans un chêne une barque et vint, chaque soir, rendre visite à sa bien-aimée. Afin de le guider, un fanal était allumé devant la cellule d’Euriette. En cachette, les deux tourtereaux passaient ainsi des parties de nuit ensemble… séparés par des barreaux. Mais un soir, Loys entreprit une traversée alors que les eaux étaient agitées. La fameuse lanterne qui devait le guider s’éteignit. Le téméraire amant se retrouva alors dans l’obscurité la plus totale, ce qui provoqua sa noyade.

À la mort de son père, Euriette fit rompre la digue qui retenait les eaux pour retrouver celui qui faisait battre son cœur. Il fut alors retrouvé à Chissey, mort et défiguré. Cette tragique histoire d’amour, comme il en existe dans de nombreux lieux, serait à l’origine du val de l’Amour. En revanche, comme le note J. Dal, « dans ce Val d’Amour rien ne montre qu’il y ait eu un lac ». De plus, hormis jouer avec nos émotions, cette énième histoire d’amour est une simple légende. Ainsi, elle ne doit pas être confondue avec l’histoire, celle-ci permettant plus scientifiquement d’expliquer l’origine de l’appellation « Val d’Amour ».

Au pays des Amaous

Au IIIe siècle, Constantin Chlore, qui était gouverneur des Gaules, entreprit un déplacement de population vers le Val d’Amour, territoire alors peu peuplé. En 1943, Xavier Brun souligne que « des captifs francs de la nation des Hamaves ou Chamaves furent amenés comme colons  […] dans la région de Dole ». En 2005, Henri Meunier précise dans un canard sur la Loue qu’« après la chute du CH (amaves), la transformation du V en U (amaous) », le pays d’Amaous naquit, avant d’ajouter que « le Val d’Amour n’est qu’une petite partie de l’ancien pays des Amaous ».

Il est évidemment complexe de définir avec précision les espaces concernés par l’occupation des Amaous. Néanmoins, le docteur Xavier Brun explique que « le pays d’Amaous s’étendait approximativement vers l’ouest jusqu’à la Saône, vers le sud jusqu’à la Brenne, vers le nord jusqu’à l’Ognon et, à l’est, jusque vers Quingey ». Ces précieuses indications géographiques nous permettent de mieux appréhender l’histoire des Amaous. Outre l’arrivée de cette peuplade, le Val d’Amour connut de nombreux épisodes mémorables au fil du temps.

Le Val d’Amour au fil des siècles

L’histoire du Val d’Amour est relativement dense comme en témoignent les divers vestiges découverts sur ce territoire tels ceux romains. Concernant la documentation écrite, il faut attendre le XIe siècle voire le XIIe siècle. Comme l’indique J. Dal, « dans les siècles suivants, l’histoire du Val Loue est toute concentrée autour de Dole et des châteaux : Rochefort, Vaudrey et Roche d’Arc et Senans ». Subissant plusieurs offensives comme celle menée par Henri IV (1589-1610), le Val d’Amour connut des âges sombres. En 1678, le Val d’Amour devint officiellement français suite à la ratification des traités de Nimègue.

De nos jours, le Val d’Amour est un territoire où se concentrent de multiples richesses culturelles. De l’église médiévale de Chissey-sur-Loue au château-Gaillard de Mont-sous-Vaudrey en passant par les Baraques du XIV de la Vieille-Loye, le Val d’Amour s’anime au gré de la Loue et de la forêt de Chaux.

À la fin du XXe siècle, le Val d’Amour acquit une existence administrative, celui-ci devenant une Communauté de communes. Actuellement, celle-ci regroupe 24 villages et plus de 9 000 habitants sur une partie des terres des Amaous.