Les vendanges 2019 s’annoncent plus tardives que les années précédentes

Rencontre avec Philippe Tissot, du domaine Jacques Tissot à Arbois.

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La véraison n'est pas terminée, quelques semaines sont encore nécessaires pour la maturité du raisin.

Après le mildiou en 2016, le gel en 2017, une belle année 2018, qu’en-est-il aujourd’hui ?

« 2019 est une année compliquée avec les deux week-ends de gelée en avril suivis d’une phase de grosse fraîcheur qui a fait avorter certaines fleurs notamment celles du poulsard mais aussi quelques fleurs de savagnin. Sont arrivées ensuite les deux périodes caniculaires dramatiques pour la vigne et enfin la pluie tant espérée. 60 mm de pluie qui ont vraiment fait du bien. Elle a permis à la vigne de se reposer, la végétation a repris et on a vu des bourgeons de pied comme jamais. Il faut savoir que lorsque la vigne est stressée et qu’elle a gelé, elle essaie de trouver des sorties et c’est souvent à la base du pied qu’on a le plus de rejets (bourgeons). Une phase d’ébourgeonnage a été nécessaire et le rythme de travail a été intense jusqu’au 10 août. La vigne est maintenant sortie de son stress hydrique, il faut laisser le temps aux raisins de murir et les vendanges ne débuteront certainement pas chez nous avant le 18 septembre pour les crémants. »
(NDLR : les vendanges 2018 avaient débuté le 20 août).

 

A l’annonce d’une canicule comment réagissez-vous ?

« Au début on est content puisque cela peut apporter du sucre, mais comme cette année elle a eu lieu sur deux périodes et sans eau, la vigne a bien évidemment réagi et on a pu constater des choses étonnantes : le pied de vigne décide de lui-même de supprimer des raisins pour pouvoir continuer à vivre et sur certaines parcelles on a de belles feuilles mais des raisins secs comme du foin. Cet effet-là, on l’a eu entre autres sur le poulsard qui est un cépage déjà très fragile. La viticulture jurassienne s’interroge d’ailleurs sur la façon dont va évoluer le poulsard avec le changement climatique. »

 

Qu’en est-il du réchauffement climatique justement ?

« Dame nature va conditionner notre travail dans les vignes » souligne Philippe Tissot.
« Cependant on réfléchit avec la Société de Viticulture d’Arbois et des Côtes du Jura et on va faire des études sur différents plants. Il ne s’agit pour l’instant que d’essais. 3-4 plants de rouges et 3-4 plants de blancs seront sélectionnés et testés sur de petites parcelles ».