Ambiance tranquille à la coulée de Montholier

Cette image d’une coulée à la fruitière de Montholier raconte beaucoup de choses…

32

Ambiance tranquille à la coulée de Montholier

 

 

Nous sommes à Montholier, non loin de Poligny. La photo a été prise avant 1914, probablement en 1905, la longueur des robes est un indice qui ne trompe pas. L’image respire un air de Belle époque. C’est l’heure de la coulée, la fameuse livraison du lait à la fruitière, le matin et le soir. Ici, il s’agit probablement de la fin de la journée, par une belle séquence d’été et ça ressemble à un dimanche car tout le monde porte justement les z’habits du dimanche, avec des dames en élégantes toilettes.

Le photographe fait poser tout le monde, y compris – les chiens sont très attentifs. Les souriantes dames qui sont sur la droite passaient probablement par là et le photographe les aura alpaguées pour poser. Le photographe a parfaitement réussi son affaire, pensant même à faire poser quelqu’un à une fenêtre pour mieux « habiter » l’image.

Le bâtiment a été construit en 1898-1899. La fruitière, fondée vers 1849, décide la construction d’un nouveau chalet permettant la fabrication annuelle de 45 tonnes de fromage (la production était déjà passée de 10 tonnes en 1856 à 36 tonnes en 1881). Le bâtiment est l’œuvre de l’architecte Charles-Alfred Schacre. L’activité fromagère cesse à la fin des années soixante-dix, le bâtiment revient à la commune où est désormais installée la mairie. Une image qui peut se découper pour mieux saisir quelques détails et voir ce qu’elle nous raconte.

 

Des femmes, des enfants, des chiens…

On remarque l’absence de paysans, ce sont les femmes – et souvent aussi les enfants – qui se chargent et de la traite et de transporter le lait, surtout dans les grosses périodes de fenaison, de moisson et de vendanges – nous sommes aussi en terre viticole. Héritier de cette période, le biou se pratique d’ailleurs toujours à Montholier.

Les bidons de lait étaient apportés chargés sur divers types de charrettes. Il y a bien sûr les fameuses carrioles tirées par des chiens attelés. On remarque que sur l’une d’elles, une femme est assise, pourtant le chien n’a pas l’air en super forme – Peut-être a-t-il passé la nuit précédente à courater les renards et autres fouines prêtes à « dépoulailler » le poulailler de la ferme.

 

À dos de femmes

Le lait était aussi porté à dos d’hommes, et ici de femmes. Les bidons sont adaptés à ce type de transport, une entreprise de Champagnole était spécialisée dans leur fabrication. Le volume des apports hiérarchise naturellement la taille des exploitations.

 

Le chalet modèle

« Chalet modèle de Montholier » inscrit au fronton de la fruitière n’a rien de superfétatoire. La fruitière a été construite dans le grand mouvement de modernisation impulsé à partir de 1880 notamment par les pouvoirs publics, du ministère de l’Agriculture aux conseils généraux. C’est ce qu’on a appelé le mouvement des « chalets modèles ». Ces nouveaux bâtiments remplacent les antiques fromageries qui avaient fait leur temps. Sans en avoir le nom, la mention « chalet modèle » confère alors une sorte de label de qualité. Depuis le début des années 2000, on peut dire que l’on assiste à la construction d’une nouvelle génération de « chalets modèles ».

 

Ambiance relax

Dans ce groupe, on a l’air plus dilettante que sur l’autre côté de la photo. On remarque le nombre de chiens, mais non soumis à la corvée de leurs collègues. On vient aussi à la fruitière pour acheter son lait. On remarque la présence du cheval dans une région où l’utilisation des bœufs est courante.

 

Ombrager le bâtiment

La présence des arbres n’est pas fortuite à cet endroit. Il n’existe aucun moyen de conservation réfrigérée à l’époque. Pour maintenir de lait à bonne température, on utilise les bonnes idées comme ces arbres qui viennent ombrager au plus près la façade.

 

Une photo d’André Perron

La photo est réalisée par André Perron, photographe basé à Villers-Robert, village situé à une petite vingtaine de kilomètres. André Perron se déplace probablement à vélo. André Perron a sûrement croisé à Villers-Robert un jeune garçon nommé Marcel Aymé, lequel a passé son enfance chez ses grands-parents maternels qui exploitent une tuilerie et un moulin dans ce village.

 

Jean-Claude Barbeaux

Photo : collection Daniel Greusard.

Source principale : http://patrimoine.bourgognefranchecomte.fr