Alain Goy, une vie consacrée à la forêt

Né en 1951 à Lons-le-Saunier, Alain Goy est aujourd’hui un fin spécialiste de la forêt de Chaux, qu’il a parcourue durant toute sa vie. Ancien forestier et véritable passionné, il devint président des villages de la forêt de Chaux en 1989. Depuis, il s’est fait connaître comme sauveteur du patrimoine et conteur. Rencontre.

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Alain Goy dédicaçant ses contes pour enfants (2018). Crédit photographique : Alain Goy.

En 1972, Alain Goy obtint un brevet de technicien forestier à l’École forestière de Meymac (Corrèze), avant de regagner sa Franche-Comté natale pour exercer dans la forêt de Chaux. Travaillant pour l’Office national des forêts, il fut un des rares à effectuer toute sa carrière professionnelle dans la forêt de Chaux.
Son métier engendra naturellement de nombreuses déambulations dans cette forêt, autrefois habitée. « J’ai toujours été passionné par l’histoire, et puis, en forêt de Chaux, quand j’ai fait le tour de la forêt, je me suis heurté aux restes de ces anciens bûcherons-charbonniers. Ça m’a intrigué. J’ai voulu en savoir un peu plus », raconte Alain Goy.
Il y a un an environ, il relatait justement pour la chronique « Un village à la loupe » qu’« À l’origine, les bûcherons-charbonniers de la forêt de Chaux habitaient dans les villages autour de la forêt. Ces gens vivaient sur deux mondes : sur le monde agricole l’été et sur le monde forestier l’hiver. […] En 1830, les Eaux et Forêts entreprirent d’aménager le massif forestier. Ils gérèrent ce potentiel humain et ils créèrent quinze hameaux en forêt. Les Baraques du 14 est le quatorzième de ces quinze hameaux. Tous ces hameaux disparurent entre la Première et la Seconde Guerre mondiale, au moment où arrivèrent dans nos villages des commodités de vie comme l’électricité et l’eau courante ». Ce quatorzième hameau subsista néanmoins après la dernière guerre mondiale.

Un patrimoine tombant dans l’oubli

Après l’abandon de ces hameaux, ce patrimoine lié aux anciens bûcherons-charbonniers commença à tomber dans l’oubli. Même pour les Baraques du 14, hameau déserté en 1961, les restes de ces anciennes sociétés forestières se muaient en ruines.
Intégrant l’association des villages de la forêt de Chaux en novembre 1985, soit quelques mois après sa création (mai 1985), Alain Goy s’engagea et œuvra, avec d’autres, pour valoriser ce patrimoine. Il en devint le second président en 1989. Les Baraques du 14, qui « réclament le plus de travail », reconnaît l’ancien forestier, ne sont que la partie immergée de l’iceberg des vestiges laissés par ces communautés humaines, aujourd’hui disparues.
Alain Goy remarque que les Baraques du 14 deviennent, peu à peu, un réel outil de médiation culturelle. Pour ce lieu, « Nous avons relevé les ruines de l’oubli et nous en faisons un outil. L’outil, une fois qu’il sera prêt, je pense, et j’espère, trouver un successeur qui pourra s’en servir. Pour l’instant, je suis en passage de relais. J’ai accompli la sortie de l’oubli et je vais transmettre quelque chose ».

Alain Goy contant une histoire lors d’une veillée en 2013. Crédit photographique : Alain Goy.

Un conteur de la forêt

« Au départ, l’association des villages de la forêt de Chaux s’est intéressée au patrimoine au sens large. On a retrouvé une soixantaine de contes et légendes sur le massif de Chaux. Et de là, je suis devenu, un peu accidentellement, conteur », explique-t-il, avant d’ajouter : « On a fait des veillées dans les villages, où on remettait en scène des pages d’histoire de la forêt de Chaux ».
L’une de ces veillées paysannes, à La Loye, marqua un tournant. Lors de cette soirée, André Besson, membre de l’association, fit venir une chaîne de télévision. Pour organiser au mieux cette veillée en partie médiatisée, Alain Goy était chargé de raconter une histoire de loup. En coulisse, il peaufina son texte qu’il s’apprêtait à lire devant la caméra, lorsque André Besson lui demanda de ne pas le lire, mais de le dire. La pression ne l’emporta pas sur l’histoire, puisque peu après cette intervention télévisée, la secrétaire générale de la Saline royale d’Arc-et-Senans le contacta pour lui proposer de venir conter son histoire dans l’ancienne manufacture de Claude-Nicolas Ledoux. Il accepta. Le conteur était né. Mais même si à leur apogée, la petite troupe de conteurs et de musiciens comptait neuf membres, le temps fit son œuvre, si bien que depuis cinq ans, Alain Goy conte seul ses histoires, notamment aux Baraques du 14.

Son dernier livre, publié peu avant le début de la crise sanitaire, s’intitule Le Charme aux trois écus. Dans celui-ci, il conte une histoire qu’il a imaginé lors de la création de l’exposition permanente sur la verrerie aux Baraques du 14 ; autour de ce lieu de production. Un conte qui vous transportera jusqu’à Venise… Crédit photographique : Alain Goy.

L’auteur de plusieurs ouvrages

Spécialiste local du cerf élaphe, Alain Goy publia quelques écrits sur ce cervidé, avant de transmettre son intérêt pour la forêt aux plus jeunes. Depuis 2006, il est l’auteur d’une collection de livres pour enfants qui est aujourd’hui composée de six ouvrages. Ses écrits lui permirent même de remporter le prix Andersen en 2013 et 2017.
Son dernier livre, publié peu avant le début de la crise sanitaire, s’intitule Le Charme aux trois écus. Dans celui-ci, il conte une histoire qu’il a imaginé lors de la création de l’exposition permanente sur la verrerie aux Baraques du 14 ; autour de ce lieu de production. Un conte qui vous transportera jusqu’à Venise…
« Je me suis spécialisé dans les contes d’arbres. Les histoires d’arbres m’ont toujours plu, je m’en suis fait un peu une spécialité » conclut-il.