Agriculture : vers une filière viande « franc-comtoise » ?

La dernière session de la Chambre d’agriculture a permis de faire le point sur les principaux sujets d’actualité : plan de relance post Covid, tensions avec l’administration, flambée des cours. Morceaux choisis et explications...

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Les vaches élevées pour leur viande auront-elles droit de cité dans le Jura, alors que leur cheptel diminue ? Crédit photo : Bruno Allard.

« Nos arguments historiques et économiques sont balayés d’un revers de main »

Durant cette session, David Philot, préfet du Jura, a appelé de ses voeux l’émergence d’une « filière franc-comtoise » dédiée à la viande bovine (vache à viande, et non vache laitière de réforme). Un marché où les agriculteurs peinent jusque là à vivre, mais « c’est par le local qu’on s’en sortira » a affirmé le représentant de l’Etat.
« Pourquoi ne pas se saisir du plan de relance pour créer cette filière ? » a t-il ajouté, précisant que ce dernier pouvait financer par exemple des ateliers de découpe associés à un abattoir.
« Nous nous sommes prêts » a relevé Clément Pernot, qui, sous sa casquette de président de la communauté de communes Champagnole Nozeroy Jura, évoquait la mise en place d’un magasin d’usine à côté de l’abattoir d’Equevillon, pour renforcer les circuits courts.
Ce qui ne l’a pas empêché d’appeler les agriculteurs à réagir pour défendre leur bifteck (au sens propre et figuré) taclant tous ceux qui disent que « la viande c’est mauvais ».
D’après le préfet du Jura, seule l’ingénierie peut faire défaut, la bienveillance des quatre préfets de départements et des services de l’État étant de mise sur cette possible structuration de filière.
Or, les agriculteurs adhéreront ils totalement à ses propos ?

Le plan de relance fait mouche

On peut en douter lorsque Thierry Vallet, représentant de la coopérative Terre Comtoise, a dénoncé, sur un autre sujet,  « le double discours du gouvernement ».
« Les actes ne suivent pas les grandes intentions, le compte n’y est pas » a-t-il lancé. Un sentiment corroboré par Christophe Buchet, 1e vice-président de la Chambre d’agriculture à propos de l’arrêté cadre sur les ressources en eau :
« Nos arguments historiques et économiques sont balayés d’un revers de main par la DREAL ». Dénonçant « une volonté d’avancer avec leur idéologie et des œillères », il a appelé à « une prise de conscience urgente » sur le fonctionnement de certaines administrations. Faute de quoi il ne faudra pas s’étonner que certains votes extrémistes déferlent dans les campagnes aux futures élections, entre autres…
François Lavrut, président de la Chambre, est lui aussi monté au créneau sur ce dossier :
« L’arrêté souhaite harmoniser, au niveau Bourgogne Franche-Comté, le cadre des droits d’eau des agriculteurs irrigant, sachant qu’il y a …/…des vallées alluviales très différentes soit avec de bonnes réserves (Jura), soit avec des nappes fragiles (comme certaines zones en Côte d’Or). Il est donc impossible d’avoir des règles communes ! Pourquoi utiliser de l’eau présente sous nos pieds n’est pas plus logique que de faire rouler des camions sur près de 2000 kilomètres venant du sud de l’Espagne, voire du Maroc pour nous approvisionner en produits alimentaires ? ».
Quoi qu’il en soit, François Lavrut a souligné le succès du plan de relance « Covid » doté de plusieurs centaines de milliers d’euros dans le Jura pour construire des équipements structurants ou de nouveaux projets.
« Les enveloppes de certaines mesures ont été consommées en quelques jours, voire moins. C’est dire leur réel succès ».

Dossier réalisé par Stéphane Hovaere.

La production de blé a chuté de 10 tonnes alors que la Chine en veut toujours plus…

Des prix qui flambent 

Les matières premières ont encore connu une envolée à la « faveur » de la pandémie économico-sanitaire.
Par exemple, le blé est passé de 160 euros la tonne à 240 à la mi-mars. Idem pour le colza, passé de 360 euros la tonne à 520 ; le maïs de 160 à 220 euros la tonne ; et le soja de 400 à 550.
Un phénomène tendanciel dans la mesure où cette flambée ferait suite à davantage de demandes (émanant de la Chine « et de demain l’Inde, puis l’Afrique »). Alors que celles-ci augmentant, « l’offre ne cesse quant à elle de se réduire et l’Europe abandonne ses moyens de production » selon lui.
En effet, on observe une réduction des surfaces exploitées, une chute des rendements (liée à la réduction des engrais…), d’où la sensible baisse de la production de blé en France, passant de 38/40 millions de tonnes les années précédentes à 29 millions de tonnes en 2020.
Un comble pour ceux qui doivent nourrir la planète…

 

On observe une réduction des surfaces exploitées, une chute des rendements, d’où la sensible baisse de la production de blé en France.