Jura. Dole. Abergement la ronce : tempête préélectorale annoncée

Au sein d'un exécutif plus fragmenté que jamais, le dernier conseil municipal s'annonce tumultueux ! Rencontre avec la tête de liste d'une opposition, devenue majoritaire par la force des choses.

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Le conseil municipal est en proie à de vives tensions depuis plusieurs mois...
Joëlle Lepetz.

 

Joëlle Lepetz, vous êtes porte-parole d’une opposition devenue majoritaire depuis quelques années, qui au printemps 2019, a rejeté les projets de budget, de compte administratif et de gestion (par 8 voix contre dont vous-même et 4 pour). Selon vous, pourquoi et comment en est-on arrivé à une telle situation ?
C’est une longue histoire…
Je suis arrivée au conseil municipal en 2014, sur sollicitation du maire Jean-Louis Bouchard qui m’a proposé de devenir première adjointe. Dans un premier temps, j’ai refusé estimant n’avoir ni l’expérience, ni les compétences, ni la légitimité pour endosser cette fonction.
Puis, face à son insistance, j’ai accepté et j’ai commencé à m’investir pour la commune.
C’est alors que je me suis rendu compte que je n’étais qu’un pantin formaté, et que je n’avais aucune marge de manœuvre réelle sur les décisions.
Ayant un peu de caractère, je me suis tout de suite opposée à ce mode de fonctionnement. C’est à ce moment que sont apparues nos divergences.
En début 2015, ayant des compétences en comptabilité, j’ai demandé à m’investir dans le budget. Mais le jeudi qui suivait, j’étais limogée…
S’en sont ainsi suivies deux autres années, où me retrouvant isolée, j’ai glané des conseils pour apprendre et comprendre ce qu’il y avait à comprendre… Au fur et à mesure, les autres conseillers municipaux m’ont suivi, se rendant compte, eux aussi, du fonctionnement anormal de l’exécutif communal.
Par exemple, en 2018, avec Franck Sudeix, nous n’avons eu les éléments du budget que quelques jours avant son vote ! Nous avons donc demandé pour 2019 d’obtenir les informations, tout au long de l’année, afin d’analyser les données et de préparer le budget comme il se doit… sans obtenir de réponse !
En février 2019, il nous a fallu envoyer au maire un courrier recommandé, avec copie au sous-préfet, afin de réunir enfin la commission finance. Ce qui nous permettait de travailler sur l’élaboration des comptes et le détail des sommes engagées en fonctionnement et investissement.
Une doléance à laquelle nous avons obtenu satisfaction, mais sans aucun document et en l’absence de la secrétaire : les questions sont donc restées sans réponse. Une réunion totalement stérile…
En avril, puisque nous n’avions toujours rien, nous avons décidé de ne pas voter le budget.
Une seule bonne raison à cela : comment peut-on voter une délibération sans avoir de connaissance précise sur ce à quoi elle engage les finances de la collectivité ?
Il s’agit d’argent public ! Nous avons le devoir de veiller à la bonne gestion et de rendre des comptes aux contribuables sur son utilisation.

Lors du conseil municipal du jeudi 7 novembre dernier, l’ensemble des décisions modificatives budgétaires ont été reportées… Quelles sont les conséquences de ce report ? Comment comptez-vous parvenir à terminer votre mandat dans un tel climat de distensions ?
Les conséquences ont été positives car cela nous a permis de travailler en profondeur sur le contenu de ces décisions modificatives.
Nous avons ainsi appris que nous aurions pu dès le début voter les subventions, les aides aux familles, le feu d’artifice. Pour cela, il  suffisait simplement, de les adopter en délibération au conseil municipal…  Mais le maire n’a jamais souhaité les inscrire à l’ordre du jour. Et nous n’avons aucun pouvoir sur ces décisions.
Pour ce qui est de la fin du mandat, on attend naturellement le dernier conseil municipal (qui doit obligatoirement avoir lieu avant le 6 mars), dont l’ordre du jour reste inconnu jusqu’alors.
Aujourd’hui, le tableau n’est guère reluisant : le premier et le troisième adjoint ont vu leurs délégations retirées par une décision unilatérale du maire au 31 décembre. En clair, la situation est invivable, il nous tarde tous de passer à la suite.

Justement, les élections municipales se profilent d’ici 40 jours…. Comment envisagez-vous l’avenir ? Qu’attendez-vous pour la commune ?
J’avoue être un peu dégoutée de voir comment cela se passe dans les antichambres du conseil municipal. Cela m’a ouvert les yeux et parfois profondément blessée d’être manipulée ou de subir la médisance… Mais je ne peux pas m’être battue pendant 5 ans, sans obtenir de résultat derrière.
Il y a un tel travail à accomplir pour retrouver un mode de fonctionnement normal, que nous avons donc décidé avec quelques membres sortants, d’intégrer de nouveaux volontaires, motivés et positifs, afin de mener une liste globale, universelle, diverse.
Une vraie liste d’union, plurielle et ouverte sur la démocratie participative, qui fasse travailler les commissions et donne la parole à chacun, contrairement à ce qui s’est passé jusqu’alors.

Une autre liste se présentera vraisemblablement face à vous. Comment appréhendez-vous cet état de fait inédit au sein de la commune ?
Si nous venions à être élus et à partager les sièges au conseil municipal avec des membres de l’autre liste, nous sommes tout à fait près à fonctionner ensemble, sans clivage, pour le bien de la commune.
Il y a tant à faire pour redynamiser le village, pour l’infrastructure routière, pour l’assainissement, pour le maintien de l’école, pour organiser des rencontres régulières entre les élus et la population, pour relancer les festivités (y compris la tombola du 14 juillet), pour œuvrer à la vie associative et aux liens intergénérationnels…
On veut construire, on ne veut pas (se) détruire.

Jean-Louis Bouchard.

 

Jean-Louis Bouchard : “J’attends un conseil municipal conscient de ses responsabilités”

“Huit élus sur douze ont fait le choix de ne pas voter les budgets 2019, comptes administratifs et comptes de gestion 2018 reconnus pourtant conformes par la Chambre Régionale des Comptes. Il ne m’appartient ni de juger, ni d’expliciter leur décision; décision prise peut-être hâtivement sans mesurer les réelles conséquences” confie du bout des lèvres le maire Jean-Louis Bouchard, qui se dit “très affecté par les tensions qui règnent actuellement au sein du conseil municipal”.
Et de poursuivre :
“Les décisions modificatives présentées lors de la séance du 7 novembre 2019 ont été rejetées dans la même logique que celle adoptées lors de la séance du 4 avril, par les mêmes élus. Je ne veux pas rentrer dans le jeu de la surenchère de polémique et d’agressivité… Cependant, le proverbe ne dit-il pas “Lorsqu’on veut se débarrasser de son chien, on dit qu’il a la rage” ? Alors peut-être, lorsqu’on veut se débarrasser d’un maire, on vote contre tous les projets qu’il présente… Je terminerai donc la mission qui m’a été confiée. Mon mandat prendra fin en Mars 2020, je l’aurai exercé avec passion et détermination”.
Quant à l’avenir de la commune, le maire se veut pragmatique :
“Je vais consacrer le temps qu’il me reste à mon entourage familial et amical, que j’ai négligé pour me mettre durant 37 ans au service de la commune et de ses habitants où j’ai essayé de faire de mon mieux. Pour la commune, j’attends un conseil municipal conscient de ses responsabilités, constructif, tourné vers les autres, animé par des valeurs d’intérêt général, de respect, de tolérance, capable de dépasser les clivages personnels, uni pour travailler dans l’intérêt de tous les habitants sans distinction.
Je souhaite enfin que la politique sociale développée en faveur des personnes en difficultés, des jeunes et des moins jeunes, perdure” conclut-il.