32e marathon des sables : l’exploit pour Christian Ginter

Le lédonien de 65 ans est le seul homme au monde a fini 32 courses à pied de plus de 200 km au cœur de déserts. Une vie entière dédiée aux courses extrêmes, qui lui permet d’entrer dans la légende.

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Le lédonien a couru plus de 220 km dans le Sahara en seulement 5 jours.

Surnommé “la légende” dans le milieu des courses extrêmes, Christian Ginter, 65 ans, n’a pas failli à sa réputation : mi-avril, il a bouclé son 32e marathon des sables. Un exploit unique au monde, tant l’épreuve (disputée cette année dans le Sahara sud-marocain) défie les délires les plus fous. Jugez-en un peu : 226 km de sable avalés en 5 jours seulement, au coeur du désert, avec des températures atteignant les 31°C. Le tout avec un barda sur le dos de 6,5 à 14 kg comprenant nourriture lyophilisée pour 6 jours, sucres rapides (pris pendant la course), duvet, matériel de survie, etc. “Les courses extrêmes et les trails se sont démocratisés, mais il y a 20 ou 30 ans on nous prenait pour des fadas !” s’amuse Christian Ginter.
Il faut certes avoir un petit grain de folie pour courir non-stop pendant 6, 8 voire 14 heures par jour dans des dunes “casse pattes”, constituées d’une interminable succession de montées et de descentes parfois sévères.

Hebdo 39 distribué… en courant

Pourquoi se lancer de tels défis, au prix de terribles souffrances parfois ? Outre le dépassement de soi, Christian Ginter rêve depuis toujours de sable chaud : “J’ai dédié ma vie au désert après avoir dévoré les livres de Théodore Monod”. Une soif d’immensités désolées, mais aussi une manière de s’évader d’une existence bien rangée.
“J’ai été cuisinier pendant 40 ans au Village vacances de Lamoura”. Lamoura où son don pour la longue distance est né et s’est affirmé : “Je faisais toutes les courses du secteur. Après avoir fini 3e aux 6 heures de Salins, je me suis aperçu que j’avais quelque chose à accomplir dans la grande distance”, aidé par un cœur qui bat au repos…à 39 pulsations/minute seulement.
La preuve avec notre titre Hebdo 39 : « J’ai distribué les journaux dans les boîtes à lettres…en courant bien sûr ». Une petite anecdote qui en dit long sur le potentiel de cet « homme de fer »…
S’ensuit un palmarès impressionnant, bâti au fil d’une bonne trentaine d’années (lire encadré). Dont plusieurs courses courses de 333 km non-stop, où le principe est simple : courir jour et nuit jusqu’au bout de soi-même et jusqu’à l’arrivée. « Je dormais en courant et ce sont les chutes qui me réveillaient » se rappelle il avec humilité.
« C’est le mental qui fait tenir ».
On le croit sans peine…

Les concurrents ont tout donné dans les dunes, sur un parcours très vallonné et piégeux.

250 km au Rajasthan en octobre

L’autre secret, c’est de faire très attention à ses pieds : « il faut les soigner dès l’arrivée, car tous les coureurs attrapent des ampoules et elles représentent 30% des abandons. Si elles s’infectent, c’est le retour à la maison direct ». Malgré tout, la plupart finissent avec les pieds en sang : « Je vais sans doute perdre 3 ou 4 ongles, mais ça repousse ! » a badiné le coureur après son retour au bercail Enfin, nul ne pourrait s’aventurer aussi loin dans l’extrême sans un long entraînement XXL, dans les 5-6 mois précédant l’épreuve : « Je cours autour de Lons 1h30 à 2h par jour. Et une fois par mois, j’attaque une distance de 50 km non-stop ». A 65 ans et après des dizaines de milliers de kilomètres avalés dans les dunes, le corps athlétique faiblit un peu, mais le lédonien a toujours des étoiles plein les yeux et des projets plein la tête : “Le 28 octobre 2019, je disputerai une course de 250 km non-stop au Rajasthan avec mon fils Anthony”. Une première en Inde en attendant sans doute un 33e marathon des sables en 2020. S’il parvient à l’achever, “la Légende” entrera définitivement au Panthéon de la course extrême.

Stéphane Hovaere

Un 32e marathon des sables à l’arrache

“J’ai attrapé une grippe carabinée 10 jours avant le départ, et j’ai pris le départ sous traitement” confie le lédonien d’adoption. Autant dire que jamais l’épreuve n’a jamais été aussi difficile….ni aussi belle. « Le départ donné au son de ‘Highway to hell’ (du groupe de hard rock AC/DC) constitue un moment très fort en émotions : excitation, appréhension, etc. Cette année, je suis parti ‘en dedans’, car quelques jours avant je n’arrivais même pas à monter mes escaliers. Heureusement, il a fait frais cette année (seulement 31°C contre 51°C parfois). Le soir de chaque course, nous avons dormi « à la dure », par terre dans des tentes berbères. Le 4e jour a été un vrai défi car il s’agissait d’une étape corsée de 80 km, débutée à 8h du matin et achevée à 22h. J’ai ressenti une grande libération à l’arrivée, car je savais que l’abandon que je redoutais était écarté. Sur 900 participants, j’ai fini 9e de ma catégorie (vétéran 3) et 357e au global ».

Mission accomplie : à 65 ans, Christian Ginter n’a rien perdu de son talent.

Bio express

1987 Expédition au cap Nord en vélo (200km/jour depuis Lamoura)

1990 Course à pied Grenoble-Moscou en relais à 4

De 1996 à 2004, il surclasse les des courses extrêmes, au point de devenir 1er mondial en 2001. Plusieurs médias internationaux se font l’écho de ses exploits (jusqu’au Monde et au New York Times).

1996 vainqueur par équipe du marathon des sables

1997 3e des 333 km de Mauritanie en 68h.

1999 1er de la « Desert cup » en Jordanie (176 km en 28h).

1999 et 2003 Vainqueur de la »Desert cup » par équipe ” (Jordanie et Mali)

2001 3e de la Trans’333  (330 km en Mauritanie en 68h).

2017 9e de la Trans’ 333 km en 88h en Mongolie.

Christian Ginter a aussi écumé d’autres déserts en Libye, Algérie, Mauritanie, Tchad, Sénégal, Egypte, Etats Unis, Mali, etc.