L’invité de la semaine : Bertrand Pic

Rencontre avec le successeur de Laurent Astégiano, arrivé tout récemment, à la direction de la police jurassienne.

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Bertrand Pic, vous êtes depuis le mois dernier le nouveau Directeur Départemental de la Sécurité Publique (DDSP) du Jura. Quel bilan tirez-vous après vos premières semaines d’exercice dans notre département ?
Quelques constats, quelques observations. Tout d’abord, la matière humaine reste le plus important.
Certes, les effectifs ne sont pas suffisants. Mais les personnels sont investis dans leur travail et leurs missions, ils connaissent très bien les territoires et la délinquance qui y sévit, ce qui permet d’orienter les patrouilles en conséquence.
Bref, on est efficace.
Du côté des bâtiments, le commissariat de Lons est plus récent que celui de Dole, où des rénovations ont été effectuées, mais il en reste encore beaucoup à faire. Notamment en terme d’accueil.
Par ailleurs, le parc automobile a été bien rénové, c’est une satisfaction.
Le Jura n’a donc pas échappé à la règle nationale, nous sommes plus performants, plus opérationnels, les équipements individuels ont également été renouvelés.

Incivilités répétées au centre-ville de Lons, problèmes de trafic de stupéfiants à Dole, véhicules caillassés, violences et fait-divers récurrents… Certains élus affirment que le Jura peu à peu laisse dangereusement s’engluer un certain nombre de ses lieux urbains, en zones de non-droit en devenir. Partagez-vous cette opinion ? Comment comptez-vous infléchir la tendance ?
N’allons pas jusqu’à utiliser le terme de zone de non-droit.
Par définition, si l’on est caillassés, c’est que nous ne sommes pas dans une zone de non-droit, précisément car on y est !
Sur Lons, la période “compliquée” a été réglée. De nouveaux effectifs sont prévus avec une convention de coordination.
Sur Dole, la problématique de trafic de stupéfiants demeure malgré les récentes opérations menées en ce sens. Mais même en infériorité numérique, on va maintenir la paix sociale dans les quartiers difficiles, grâce à la complémentarité de la police municipale.
Encore une fois, le Jura n’échappe pas à la règle, bien sûr il y a quelques incivilités, mais cela reste de la petite délinquance. Rien de comparable avec Besançon ou Dijon…

Beaucoup en doutent. Les syndicats soulèvent régulièrement cette revendication. Possédez-vous suffisamment de moyens humains et matériels pour mener à bien votre mission ?
Comme je l’expliquais précédemment, au niveau des matériels oui.
Toutefois, je ne suis pas comptable des moyens humains et je dois faire avec…
Ce qui amène à réfléchir à de nouvelles organisations de travail plus efficientes.

Bien que les renforts d’effectifs qui viennent d’être annoncés (4) soient estimés “insuffisants” par les syndicats et les premiers élus concernés, peut-on bientôt espérer voir le retour en service des deux brigades anti-criminalité jurassiennes (BAC), “ensommeillées” depuis plus d’un an ?
Malheureusement, dans l’état actuel des effectifs, on ne pourra pas réactiver ces “BAC”.
Si nous le pouvions, nous déterminerions probablement une priorité à Dole.
Reste que je n’en ai pas les moyens… sauf à mettre en péril le fonctionnement 24 heures sur 24 du commissariat.

Quelle est l’évolution des statistiques de la délinquance dans notre département ? Est-elle vraiment révélatrice de l’insécurité (ou du fameux “sentiment d’insécurité) du quotidien ?
Les statistiques ne révèlent pas un sentiment, mais la réalité des faits.
On ne mesure pas l’insécurité, mais des faits constatés ou élucidés.
Depuis un peu plus d’un an, on observe une distorsion statistique liée au Covid-19 et aux différentes mesures de confinement ou de couvre-feu. Ainsi les chiffres sont en baisse mais non révélateurs de l’activité délinquante qui s’est retrouvée ralentie face aux restrictions de circulation. Comme par exemple pour les vols par effraction, car les gens étaient beaucoup plus chez eux. Ou la circulation des stupéfiants, nettement diminuée par le confinement strict du printemps dernier. A l’inverse, on note une augmentation des vols dans les entreprises. La délinquance s’adapte.
Depuis, les flux de circulation humaine ont été ouverts, alors la délinquance s’est réactivée.
Dernier point, les violences contre les personnes sont en baisse, à l’exception des violences familiales. Ce qui s’inscrit dans une tendance nationale.

Avez-vous un dernier message à faire passer à nos lecteurs ?
Je souhaite que chacun et chacune puisse reprendre une vie sociale normalisée…
La Police sera toujours là pour que chacun puisse vivre en harmonie dans notre société, où nous serons toujours présents pour veiller à la paix sociale.