« Nous sortirons de cette pandémie tous très fatigués et affaiblis moralement, mais finalement vivants »

A la fois soignant mais aussi victime du virus, le pneumologue-allergologue dolois Michel Brignot, vient de compiler 19 poésies dans son dernier ouvrage « Lorsque la vague s’en est allée ». Un éclairage médico-artistique qui tombe à point nommé, alors que ce que l'on nous présente comme la dernière vague, semble enfin s'éloigner.

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Michel Brignot.

Michel Brignot, vous venez de sortir votre dernier ouvrage intitulé « Lorsque la vague s’en est allée », dans lequel vous décrivez votre double vision de la crise sanitaire et socio-économique en tant que soignant mais aussi en tant que victime du virus. Un peu plus d’un an après l’arrivée de la « première vague » et juste après ce qui semblerait être la fin de la troisième, que retenez-vous aujourd’hui de cet épisode fâcheux et comment l’analysez-vous a posteriori ?
Le vécu des deux premières vagues de la pandémie Covid en France pendant l’année 2020 m’a surtout rappelé que l’homme est bien peu de chose face aux évènements naturels, ce qu’on savait déjà bien sûr mais qu’on a toujours trop tendance à oublier. Nous vivons maintenant dans une société dans laquelle « le tout confort » est la règle et cette pandémie est venue malmener nos certitudes et nos habitudes de vie. Heureusement, les capacités d’adaptation de l’homme sont encore bien réelles, sans oublier l’aide précieuse de la science et de la médecine. Je ne reviendrai pas sur les débats qui ont été faits au sujet de la gestion sanitaire de cette crise. Je pense qu’il est certainement très difficile d’être responsable politique et prendre les bonnes décisions au bon moment en essayant de faire le mieux possible pour le plus grand nombre n’est pas une mince affaire.
Au delà de la question de fond, je suis plus sensible à l’évolution de la pandémie qui, bien que catastrophique au regard des chiffres, semble aller vers des lendemains plus cléments lorsqu’on aura pu vacciner suffisamment de Français. Tout est là.

Le processus d’écriture des 19 poésies qui composent la première partie de l’ouvrage (un nombre symbolique dédié à notre meilleur ennemi « covidien ») vous a-t-il permis de sublimer l’angoisse et de réalimenter votre optimisme lors de votre période de convalescence ? En définitive, la création littéraire s’est-elle avérée « thérapeutique » pour vous ?
Je suis tombé malade au début de la première vague en avril 2020. Pas gravement au début, sans commune mesure avec les atteintes sévères qui ont mené certains malades en réanimation, mais j’en ai surtout gardé une extrême fatigue qui m’a gêné pendant 3 mois. Une sorte d’état second comme je n’en avais jamais connu jusque là. L’écriture des 19 premières poésies, celles que j’ai appelé les poésies de la première vague, m’a permis de m’exprimer par rapport à tout ce que je ressentais alors en tant que médecin, en tant que malade et bien sûr aussi en tant que citoyen d’un pays en crise. Ces textes sont donc d’abord un témoignage de cette période et ont été aussi pour moi une façon de vivre le mieux possible ces quelques mois pendant lesquels les Français, et les autres habitants de la planète, découvraient un agresseur invisible et devaient apprendre à vivre en espérant des jours meilleurs. J’ai utilisé mon écriture pour arriver à mieux gérer ces terribles moments que j’ai vécus, témoins du décès de nombreux malades, ou d’autres journées plus pénibles lorsque nous étions obligés de rester enfermés en n’ayant plus aucune vie sociale, situation très inhabituelle pour moi qui suis très impliqué dans la vie associative sportive doloise.

Au médecin du sport, pneumologue-allergologue que vous êtes, il est impossible de ne pas se poser la question que tout le monde se pose… Selon vous, quand et comment envisagez-vous la sortie du tunnel ?
Je pense que nous sortirons de cette pandémie tous très fatigués et affaiblis moralement, mais finalement vivants. En n’ayant plus qu’une envie, celle de ne jamais plus revivre des journées ou des mois pareils. Je suis confiant dans les capacités de résilience des hommes. Peut-être un peu moins optimiste quant aux enseignements qu’on saura tirer de cette crise et des changements qui devraient en découler dans nos habitudes de vie. J’espère que les hommes auront cette fois-ci un peu plus de mémoire et n’oublieront pas trop vite cette période, même si une certaine forme d’amnésie peut en aider quelques-uns à mieux gérer les suites de cette crise. C’est aussi une des raisons qui m’ont poussé à écrire ce recueil. Pour qu’il reste une trace de ces journées. Avec des évènements de l’actualité « covidique » traités de façon drôle, légère pour certains mais aussi sérieuse voire très noire pour d’autres. Un ouvrage qu’on pourra relire dans quelques années pour ne pas oublier et se souvenir. Sans dramatiser, je pense que nous avons un devoir de mémoire de cette pandémie. Si la crise sanitaire est gérée dans le respect des plannings présentés, je pense qu’on peut espérer en sortir pour l’été prochain. Mais avec des si…

Impossible non plus de ne pas revenir sur votre dernier succès retentissant « L’Erreur de trop », récompensé par le Prix Louis Pergaud 2020, ce qui n’était plus arrivé à un Dolois depuis… André Besson en 1959 ! Même si elle n’a pas été célébrée comme il se doit pour les raisons sanitaires que l’on sait, comment vivez-vous cette distinction ? A-t-elle changé votre rapport à l’écriture ?
J’ai bien sûr été très fier de me voir décerner le Prix Louis Pergaud 2020. J’aime à dire que le Bourguignon d’origine que je suis se sent maintenant complètement Franc-comtois à travers cette distinction. Mais j’avoue que le fait que ce prix ne m’ait toujours pas été remis officiellement à l’occasion d’une cérémonie qui devrait se tenir à Dole m’empêche de savourer pleinement cette reconnaissance de mes pairs. Comme un gout d’inachevé. Alors je fais avec. Ceci étant, cette distinction n’a pas fondamentalement changé mon rapport à l’écriture. J’ai toujours eu une relation passionnelle avec les mots. C’est une très vieille histoire d’amour entre eux et moi. Mon envie d’écrire n’en est que plus forte. Ce Prix Louis Pergaud me fait surtout me sentir davantage un auteur de la grande famille des auteurs franc-comtois, même si je ne suis pas un écrivain de terroir. J’espère aussi que cette distinction me permettra de trouver plus facilement des éditeurs pour porter mes futurs projets car j’en ai quelques-uns…

« Lorsque la vague s’en est allée »
Recueil de poésies – Éditions du Chemin Blanc.
Couverture cartonnée – Format 11 X 18 cm – 112 pages
Prix : 9.95 €.
Disponible auprès de l’auteur ou sur le site :www.michelbrignot.com