Éditorial

Les signes des temps

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C’est une fête nationale bien étrange qu’il nous a été donné de vivre, en cet été 2020 si particulier.
Il faut dire que Mme Covid-19 était aux aguets, pouvant allègrement se propager via les ingérables et inéluctables circulations de nos citoyens.
Par exemple d’une gigantesque rave-party s’étant déroulée 48 heures durant à Saint-Parize-le-Châtel dans la Nièvre, jusqu’au défilé militaire du 14 juillet, traditionnellement opéré sur les Champs-Élysées mais cette année organisé au rabais, puisque remplacé par un bref hommage rendu à huis clos sur la Place de la Concorde, qui pour le coup (le thème choisi était « une Nation engagée, unie et solidaire »), portait bien mal son nom…
Pas d’engins motorisés, pas de démonstration de nos blindés étincelants, conçus via les technologies les plus modernes et les plus pointues. Surtout, pas de clôture magistrale, habituellement orchestrée par les prestigieux, impressionnants et admirables légionnaires au tablier impeccable, défilant au pas lent et solennel, sous les fumigènes tricolores de la Patrouille de France. Notre spécificité, cette fameuse “exception française” que le monde entier nous envie, s’est retrouvée regrettablement galvaudée.
Exit la tradition, au sens pur et noble du terme, la référence révolutionnaire à la prise de la Bastille de 1789 et à la fête de la Fédération qui allait s’opérer l’année suivante.
Comme quoi, effectivement, certains pans de notre Histoire se désagrègent…
Exit encore, l’étape du tour de France qui, la plupart du temps, voyait un Français (surmotivé par l’enjeu) remporter ce challenge sportif considéré comme “un honneur national”.
Pas de feux d’artifice non plus où l’on allait en famille et/ou entre amis, admirer nos impôts s’évaporer en gerbes multicolores et s’en amuser…
Encore moins de bal populaire, où l’on pouvait y rencontrer l’amour sa vie (ce qui fut le cas pour mes parents qui s’y sont connus)…
Non décidément, ce 14 juillet n’aura pas été comme tous les autres.
Il a résonné creux : sa tonalité était terne, son image flétrie, sa saveur amère…
Les symboles d’unité, d’Histoire et des valeurs de notre pays n’y étaient pas, n’y étaient plus. Tragiques signes des temps…