26 communes du Jura sont décorées de la Croix de guerre

Après la Seconde Guerre mondiale, 1 628 communes ont été décorées de la Croix de guerre. Dans le Jura, elles ont été remises par Vincent Auriol à Lons-le-Saunier à l’occasion d’un voyage présidentiel en novembre 1950.

304
Lons-le-Saunier, le 5 décembre 1950 : Vincent Auriol remet les Croix de guerre, il est au centre de l’image, légèrement de profil. © Ville de Lons-le-Saunier / Centre de conservation du patrimoine

Elles sont souvent accrochées sur un mur de la mairie, dans la salle du conseil, posées dans un cadre avec la citation qui motive l’attribution. Elles vieillissent et regardent passer les gens, car, elles, en général, plus personne ne les regarde. Ce sont les Croix de guerre attribuées à des communes après la Seconde Guerre mondiale pour fait de résistance. 26 communes du Jura l’ont reçue, croix avec palme, étoile d’argent ou de bronze. Les citations qui les accompagnent évoquent des engagements, des faits d’armes, des souffrances, des drames qui ne s’oublient pas.

Voici, par exemple, ce que nous raconte la citation de Grande-Rivière : « Commune du Jura qui durant la clandestinité a assuré l’hébergement et le ravitaillement de nombreux réfractaires et résistants. Victime de pillage et de la destruction, a été soumise à d’impitoyables représailles au cours desquelles le maire et trois habitants ont été fusillés, 29 déportés dont 19 ne sont pas revenus des camps nazis ». Cela vaut à la commune une Croix de guerre avec étoile d’argent.

La décoration et la citation exposée dans la mairie de Grande-Rivière.
© Françoise Desbiez

Le texte consacré à Dampierre-sur-Mont dresse la statistique macabre de 22 fusillés et de 11 maisons détruites le 11 juillet 1944. À Larrivoire, c’est la « destruction quasi totale des immeubles de la commune ». Bletterans est un « lieu d’hébergement permanent pour les évadés et les patriotes ». Beaufort est « un berceau de la Résistance Jurassienne ». Villevieux a « permis notamment à de nombreuses personnalités de la Résistance de quitter la France occupée pour organiser au-delà des frontières la lutte pour la libération du territoire ».

Sous la Marianne, la médaille et la citation dans la salle du conseil municipal de Poligny.
© Ville de Poligny

Un président, trois ministres

Les distinctions ont été remises à Lons-le-Saunier le 5 novembre 1950 à l’occasion d’une journée particulière. Ce jour-là, le train présidentiel entre en gare et Vincent Auriol, président de la République, en descend. Il est accompagné par trois ministres, Étienne Claudius-Petit, Pierre Schneiter et le déjà omniprésent Edgar Faure alors ministre du Budget.

C’est une journée placée sous le signe de la Résistance. Vincent Auriol arrive d’abord pour inaugurer le « Monument à la gloire de la Résistance jurassienne », œuvre du sculpteur Carlo Sarrabezolles. Entre les discours et les visites, il épingle plusieurs légions d’honneur, dont deux avec rang d’officier à titre posthume pour le Dc Jean Michel et Léon Lobry, et remet aux délégations des communes, leur Croix de guerre.

Trois des villages décorés sont au moins connus de Vincent Auriol, à savoir Villevieux, Cosges et Bletterans. Comme le président de la République le rappelle dans son discours « Comment pourrais-je jamais oublier que c’est du terrain de Villevieux qu’une nuit d’octobre, sous la protection armées de jeunes patriotes, je partis pour rejoindre la France Libre ». Le terrain d’envol était plutôt sur Cosges comme le raconte la citation attribuée à ce village (« A vu s’embarquer pour l’Angleterre M. Vincent Auriol »). Voilà ce que racontent ces médailles devant lesquelles on passe sans les voir.

Jean-Claude Barbeaux

 

Encadré 1

 

Les communes décorées

-Croix de guerre avec palme

Saint-Claude et Saint-Didier.

-Croix de guerre avec étoile d’argent

Beaufort, Grande-Rivière, Larrivoire, Lons-le-Saunier, Molinges.

-Croix de guerre avec étoile de bronze

Bletterans, Chancia, Chilly-le-Vignoble, Cosges, Coyrière, Dole, Dompierre-sur-Mont, Ivrey, Lamoura, Moirans-en-Montagne, Morez, Poligny, Prémanon, Ravilloles, Rochefort-sur-Nenon, Les Rousses, Tavaux, Thoirette, Villevieux.

-Par ailleurs 22 communes ont reçu un diplôme « À la gloire de la Résistance » et 23 autres un « Diplôme d’honneur ».

Encadré 2

En 1953, le conseil municipal de Saint-Claude vote le renvoi de la décoration !

© Photothèque de la ville de Saint-Claude

L’attribution de la Croix de guerre, avec palme, à Saint-Claude provoque des débats dans la ville. Jugeant que, par ses sacrifices subis et consentis, la ville avait en quelque sorte une « prééminence qui doit être consacrée », le conseil municipal émet le vœu que le président Vincent Auriol se déplace à Saint-Claude pour la lui remettre. Dans ces mêmes années, la municipalité presse les autorités françaises de se faire livrer Klaus Barbie, qui a dirigé la répression en avril 1944 (Elle culmine avec la rafle et la déportation de 340 hommes dont près de 200 ne sont pas revenus). Le conseil municipal s’insurge aussi en 1953 contre l’amnistie dont sont bénéficiaires les accusés du massacre d’Oradour-sur-Glane. Pour protester contre l’un et l’autre des sujets, le conseil municipal vote le 6 mars 1953 le renvoi de la Croix de guerre. Ce qui semble avoir été fait puisqu’il n’y en a plus de trace à la mairie, hormis le texte de la citation qui est affiché dans la salle d’honneur. Reviendra-t-elle un jour ?

Encadré 3

Saint-Didier : « L’un des hauts-lieux de l’épopée nationale »

Saint-Didier après les exactions, les représailles et les destructions du 25 avril 1944. © Archives départementales du Jura

Comme Saint-Claude, Saint-Didier est décoré de la Croix de guerre avec palme. On le comprend aisément à la lecture de la citation : « Foyer particulièrement actif de la Résistance jurassienne, a été dès le début de l’occupation, le centre d’hébergement d’importants effectifs maquisards, et par ses dépôts d’armements et de matériel, l’arsenal de la clandestinité de toute la région. Par l’appui total qu’il a donné à la Résistance, s’est désigné aux terribles représailles de la Gestapo qui a sauvagement exécuté huit de ses fils dont le maire, déporté deux femmes et incendié onze immeubles. Se classe par les souffrances matérielles et morales qu’a subies la population, le patriotisme inébranlable et l’esprit civique dont on fait preuve tous ses habitants, comme l’un des hauts-lieux de l’épopée nationale ».