Saison des semences : de nombreux paysans s’interrogent

L’autonomie semencière passée au crible C'est à la Chapelle sur Furieuse que la Confédération Paysanne du Jura organisait dernièrement une journée de réflexions sur le thème des semences. Une vingtaine de paysans avaient répondu à l’invitation. Tous s’interrogeaient sur la problématique de l’autonomie semencière. Morceaux choisis.

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Des jeunes très sensibilisés à la thématique des semences.

Ouvrir la réflexion aux maraîchers de Franche-Comté sur ce que sont les différentes semences et créer des variétés adaptées aux conditions climatiques locales, reproductibles et sans droits associés à la variété : tel était l’objectif de ce rassemblement.
« Les réglementations font qu’il est très difficile pour les paysans d’échanger les semences, et quand ils le font ils sont un peu « border line », bien que l’on commence à noter un certain assouplissement dans l’argumentation mais il y a encore du chemin à faire », explique Daniel Evain, maraîcher et porte-parole de la Conf’ d’Ile de France.
« On peut quand même s’échanger des semences dans un cadre légal souligne Thomas Seguin, exploitant de la ferme de l’Iserole à Orchamps, s’il s’agit d’entraide ou de l’expérimentation de semences que l’on souhaiterait faire plus tard. Mais on ne peut le faire que si ces semences sont libres de droits ou sont dans le domaine public ».

(De g. à d.) Thomas Seguin, Daniel Evain et Samuel Hohwald, animateur technique en maraîchage et petits fruits à Interbio Franche-Comté.

Dépendance des paysans aux semenciers

« Les paysans ne sont pas en capacité de produire des semences hybrides. Aujourd’hui, ils sont pieds et poings liés et totalement dépendants des semenciers. Chaque année ils sont obligés d’acheter des semences relativement chères. Nous regrettons que la majorité des semenciers ne mettent sur le marché que des hybrides. D’autre part, toute la recherche est axée sur la semence hybride. La caractéristique mise en avant par les semenciers pour les hybrides est souvent une meilleure productivité, mais une meilleure productivité en agriculture chimique. Une belle présentation commerciale est aussi souvent recherchée au détriment des qualités nutritives et gustatives. Ce ne sont pas des variétés adaptées au mode de production biologique » résumait l’équipe organisatrice.
« Ce que l’on demande aux semenciers, c’est la transparence des techniques utilisées. Aujourd’hui la semence est faite en laboratoire et non dans les champs par les paysans. Les laboratoires se sont accaparés un savoir-faire qu’ils ne transmettent plus. La chaîne a été coupée. L’objectif n’est pas forcément d’être tous en autonomie sur ses propres semences mais c’est casser les codes de toujours consommer en F1(2). Pourquoi ne pourrait-on pas rémunérer des semenciers ou des paysans multiplicateurs qui produisent des variétés populations ? »

Le constat aujourd’hui

« Les gens sont de plus en plus sensibilisés et se posent des questions, souligne Thomas Seguin. Aujourd’hui ils cherchent à savoir ce qu’ils mangent. Pour cette raison ils se tournent de plus en plus vers l’agriculture biologique où là, on doit être sur une « mention nature et progrès ». Ils vont être attentifs à ce qu’ils mettent dans leurs assiettes mais nous, en tant que paysans, faisons attention à ce que l’on met dans nos champs. La semence c’est le début de la vie. Produire en bio c’est bien, mais l’origine ça reste la semence, et on s’interroge beaucoup sur cette origine… »