« 22 v’la la colère » : manifestation inédite des policiers dolois, ce vendredi

Aussi originale qu'inédite s'annonce la journée de mobilisation organisée ce vendredi Place Grévy, par le commissariat de Police de Dole, et symboliquement baptisée « 22 v’la la colère ». Explications.

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Étienne Piton.

Étienne Piton, vous êtes délégué départemental adjoint du syndicat Alliance Police Nationale, membre du bureau régional de la CFE-CGC, pourquoi organisez-vous cette manifestation du 22 novembre ?
Depuis plusieurs années, le commissariat de Dole souffre d’un manque d’effectif chronique.
La situation s’est encore dégradée cette année, lorsque trois de mes collègues sont partis dans d’autres services pour fuir leurs conditions de travail au sein du commissariat de police de Dole.
Cette situation a, comme on peut l’imaginer, des conséquences multiples, tant en terme de conditions de travail que d’opérationnalité du service.
En effet, le nombre de congés maladie s’accroit reportant donc la charge de travail sur les fonctionnaires restants, les fragilisant davantage.
La pile de dossier d’enquête sur les bureaux de mes collègues ne cesse d’augmenter, les enquêteurs ne parviennent plus à faire leur travail correctement, ils en sont cantonnés à traiter « l’urgence ».
A défaut de renfort, pour combler les trous laissés vacants dans les brigades dont certaines ne disposent plus que de 50% de leur effectif théorique minimum, la piste de réflexion envisagée consisterait en la mise en sommeil de la brigade anticriminalité…
Pour une ville comme Dole, perdre cette brigade serait extrêmement dommageable à plusieurs titres : perte de capacité d’intervention, de lutte contre la délinquance, de remontée du renseignement, perte de crédits alloués…

C’est le cœur même de votre profession qui est touché ?
Nombre de mes collègues sont entrés dans ce métier par vocation.
Imaginez ce qu’ils ressentent lorsqu’ils doivent expliquer à des victimes dont l’enquête judiciaire n’a pas avancé, faute d’effectifs suffisants, pourquoi leur dossier en est toujours au point mort ?
Cela a été mon cas la semaine dernière lorsqu’un élu de la ville m’a informé n’avoir aucune nouvelle de son dépôt de plainte d’il y a deux ans concernant le vol de son vélo d’une importante valeur et dont l’auteur était clairement identifiable par son visage et l’immatriculation de son véhicule…
J’ai ressenti à ce moment là une forte honte m’envahir. La honte de devoir justifier les carences de l’administration à la place des décideurs, qui ne nous donnent pas les moyens de réaliser nos missions au quotidien !
Voilà donc les raisons qui nous poussent à agir aujourd’hui, le but principal étant d’obtenir des renforts d’effectifs pour restaurer les capacités opérationnelles du commissariat, assurer la sécurité des Dolois et restaurer des conditions de travail convenables pour mes collègues.

Concrètement comment va se dérouler l’opération ?
« 22 v’la la colère » est le nom de code de cette journée de mobilisation.
Organisée par Alliance Police Nationale et la CFE-CGC, elle aura pour but de dénoncer la situation actuelle du commissariat de Dole ainsi que celle qu’autres commissariats dans la région.
Concrètement, mon syndicat appelle à la « grève du zèle », autrement dit, le strict minimum sera fait, le reste, si on a les effectifs pour…
Nous avons prévu de nous rassembler vers midi autour du commissariat, Place Jules Grévy, et de partager une collation. Des actions seront accolées à ce rassemblement.
Certains pompiers et gendarmes, qui vivent les mêmes difficultés que les policiers, nous ont déjà assuré leur soutien.
D’autres citoyens qui comprennent la gravité de la situation, nous ont également fait part de leur souhait d’être présent.
Entre autre, une distribution de dispositifs permettant le maintien d’un téléphone portable sur le tableau de bord d’un véhicule aura lieu. Cette mesure de prévention vise à éviter que tout conducteur baisse la tête et tienne son téléphone dans la main pour le regarder lorsqu’il reçoit, par exemple, une notification. Le but est clairement affiché ici : moins de PV, moins d’accident, une police plus proche de sa population…
Il faut que les citoyens connaissent l’état de leurs services publics. Ce sont eux qui votent et qui ont le pouvoir de peser, de dire qu’ils ont le droit à la sécurité.

Finalement qu’en attendez-vous ?
Grâce à « 22 v’la la colère », nous espérons enfin être entendus de l’administration et du gouvernement, c’est un avertissement.
Le préfet, les élus, notre hiérarchie, tous ont alerté sur nos difficultés et nous le faisons également depuis plusieurs mois. Pourtant, lors du choix des postes de la 252ème promotion d’élèves gardiens de la paix qui s’est tenue la semaine passée, aucun poste n’était ouvert ni pour Dole ni pour Lons le Saunier !
Sauf mutation dérogatoire, cela signifie que nous ne pourrons pas espérer de renfort avant mars 2020.
La colère monte ! On nous parle de qualité de vie au travail mais on ne nous donne même pas l’effectif suffisant pour réaliser nos taches de base. De qui se moque-t-on ?
Il ne faut pas oublier qu’à Dole, il y a quelques années, un de nos collègues a mis fin à ses jours avec son arme de service…
Nous aurions besoin de 10 à 15 fonctionnaires supplémentaires pour Dole, presque autant pour Lons le Saunier. Cela nous permettrait de combler les brigades jusqu’à leur effectif minimum et de permettre un délai et une qualité d’enquête plus raisonnable, proche de la moyenne nationale.
Dole et le Jura, sont-ils des territoires oubliés de la République ?

« 22 v’la la colère » : manifestation des policiers dolois, Place Grévy, ce vendredi à midi.