2021, année schizophrénique ?

Avec -38% de faillites et + 4% de créations d’entreprises, on pourrait croire que l’année 2020 aura été celle d’une croissance débridée et d’un alignement de planète exceptionnel. Pourquoi de tels indicateurs, et que cachent-ils pour l’année 2021 ? Explications.

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Des procédures collectives au plus bas depuis 30 ans

Qui aurait pu le croire ? Jamais les tribunaux de commerce n’ont autant « chômé » en 2020, puisque d’après le conseil national des greffiers, le nombre de faillites a baissé de 37,1% l’année dernière (et de l’ordre de – 29 % pour les PME comprises entre 10 et 249 salariés). 32.200 entreprises ont fait l’objet d’une procédure collective en 2020, soit 20.000 de moins qu’en 2019. Trente ans qu’on n’avait pas connu cela ! Mais ce chiffre tient à un seul mot : Etat. Si l’économie tient le coup, c’est grâce aux interventions massives décrétées en parallèle de la mise sous cloche sanitaire de la France. Prêts garantis par l’Etat, chômage partiel, fonds de solidarité, reports ou annulations de cotisations : les milliards ont coulé à flots et personne ne s’est fait prié pour en profiter. Selon l’Insee, 84 % des entreprises ont eu recours à une ou plusieurs aides gouvernementales et plus des deux tiers ont bénéficié du chômage partiel. Une oxygénation et une perfusion à très haut débit, un traitement de choc impossible à tenir éternellement. Car la question qui hante tous les économistes, c’est désormais « Et après ? ». S’il est acquis que l’Etat devra lisser la fin du traitement et éviter les dates butoirs sous peine d’engendrer des faillites en cascade, un épineux problème se dessinera pour 2021, lorsque la vaccination et l’immunité collective auront assaini l’atmosphère. Retirer ses aides reviendra en effet pour l’Etat à laisser bon nombre d’entreprises faire faillite, et à voir le taux de chômage s’envoler. Pas très vendeur en guise de programme pour l’élection présidentielle… Outre un étalement dans la durée (certains économistes évoquent 5 ans pour l’échéance des PGE), l’Etat pourrait aussi échanger ses créances contre une entrée au capital de certaines entreprises stratégiques. Car selon Nicolas Dufourq, directeur général de Bpifrance, 4 à 7% des PGE ne seront pas remboursés, un chiffre bien plus important pour les PME ou TPE soulignent d’autres experts.

Un record de créations de (micro) entreprises

Plus 4%. Soit 848.000. C’est le chiffre vertigineux d’entreprises créées en 2020 en France selon l’INSEE, une hausse d’autant plus vertigineuse que l’année 2019 avait déjà été qualifiée « d’année de tous les records », et que les deux mois de confinement au printemps avaient gelé toute velléité d’entreprendre. Alors pourquoi une telle embellie, telle une rose poussant sur un champ de bataille ? La réalité s’avère moins poétique, puisque cette hausse est due à une croissance de 5,6% du nombre des entreprises individuelles, passées de 596.831 à 630.110. Pour leur part, les créations de sociétés sont en léger recul de 0,2%, passant de 218.426 à 218.054. Mais qui sont ces entrepreneurs individuels ?  Tout d’abord beaucoup d’auto-entrepreneurs, un statut souvent réclamé par les plateformes de livraison ou de transport, telles que Deliveroo, Uber Eats, etc. : un vrai boom en 2020, avec une hausse de 21,7%, liée à la livraison de marchandises ou de repas à domicile. Les autres entrepreneurs isolés émargent comme professions libérales ou artisans, pas toujours par choix, mais parce qu’il serait plus facile de trouver un client qu’un emploi (à fortiori stable). Tout ceci concourt au sentiment -déjà bien présent- que l’économie française « s’ubérise » peu à peu. Avec une précarisation croissante d’ex-salariés, qui doivent désormais composer avec des revenus fluctuants et une protection sociale bien moins avantageuse.