Des gisements d’énergie verte dans nos campagnes

La dernière session de la chambre d’agriculture du Jura a permis d’effectuer un tour d’horizon des dossiers d’actualité. Parmi eux, la production d’énergie renouvelable dans nos campagnes : et si nous étions assis sur une mine d’or « verte » ?

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Un cercle vertueux généré par les méthaniseurs jurassiens : les bouses de vaches deviennent énergie et fertilisants pour l'agriculture..

Méthanisation et photovoltaïque seront-ils les (autres) mamelles du développement durable ? Si tant est que la ruralité puissent faire valoir ses atouts, plusieurs expériences « pilotes » ou encourageantes sont sur les rails ou dans les tuyaux dans le Jura. Parmi elles, le méthaniseur mis en service en mai 2019 et regroupant 9 exploitations à Saint-Baraing (près de Chaussin). Alimenté par 10.900 tonnes/an d’effluents d’élevage (fumiers, déchets de tri de céréales, tontes de pelouses, etc.), il permet de produire 2 M kWh/an vendus à EDF, mais aussi des « digestats » inodores (9.800 tonnes/an), épandus comme fertilisants dans les champs.

Quelques précautions nécessaires

Rémi Guillot, président du GDS39 (groupement de défense sanitaire) a néanmoins mis en garde contre les risques inhérents « à un mélange d’effluents provenant de différentes exploitations ». En Meuse ou en Moselle, des effluents porteurs de botulisme ont été intégrés à un méthaniseur, et les digestats répandus dans les pâtures ont contaminé les troupeaux. Une vingtaine de vaches seraient mortes en quelques jours, d’où l’importance de process intégrant des analyses multipoints. Florent Chapelotte, président de l’entreprise RBB Energie qui gère le méthaniseur de Saint-Baraing, s’est montré très rassurant : « On travaille avec des agréments sanitaires. Tout est tracé au niveau des intrants, des épandages, etc ».
Des spécialistes du dossier ont également mis en exergue la prise en compte de l’environnement : « pas trop près de maisons pour des questions d’acceptabilité, une situation centrale au milieu des exploitations pour limiter les trajets en tracteurs, etc. ».

« Pour des projets collectifs, plutôt que pour des projets individuels »

François Lavrut, président de la chambre d’agriculture, s’est également prononcé pour « des projets collectifs, plutôt que pour des projets individuels », pour des raisons de rentabilité et de pérennité entre autres.
Au final, Florent Chapelotte s’est déclaré très satisfait de ce gros (2,5  millions € investis) et beau projet très vertueux au plan environnemental. D’autres méthaniseurs existent à Gendrey, Mutigney, et d’autres projets encouragés par les vœux de François Lavrut pourraient voir le jour (en 2 à 5 ans seulement  contre plus de 10 ans pour les projets éoliens).

La session de la chambre d’agriculture constitue toujours un moment fort d’échanges entre les forces vives du secteur.

Des panneaux solaires sur les toits des fermes

« Réchauffement climatique oblige », les esprits se tournent vers la production d’énergie photovoltaïque. Les immenses toits des bâtiments agricoles pourraient-ils servir de support à des panneaux destinés à produire de l’électricité ? C’est la piste envisagée par les Groupes Vivre en Agriculture (GVA) du Jura qui ont organisé plusieurs réunions à ce sujet depuis l’été 2019. Aucun projet collectif n’a pour l’instant vu le jour, mais une dizaine de projets individuels est lancée dans le Jura.
Sachant que le solaire ne représente que 2,1% des énergies renouvelables (source Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire), le potentiel est là aussi immense…

Bois : une crise à transformer en chance ?

La crise sanitaire qui affecte nos forêts est en pleine forme. Selon un responsable du secteur, pas moins de 300.000 m3 de résineux (essentiellement des épicéas) seraient touchés pour notre seule région (et 5 millions de m3 pour l’Europe, en particulier en Autriche et Allemagne). Face à cette épidémie due à des insectes ravageurs (les scolytes), toute la filière est engorgée par ces bois considérés comme de moindre qualité. Tandis que la France pourrait mettre 8 millions € sur la table pour gérer l’urgence, l’Allemagne en met 800 millions €…
Avec l’idée de valoriser cet afflux via des chaufferies bois : si la biomasse bois représente 41% des énergies renouvelables, (contre 20% pour l’hydraulique…et 7% pour l’éolien, source Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire, chiffres 2018), elle présente un beau potentiel de progression en particulier dans notre département boisé.