1 263 chefs d’entreprises ont perdu leur emploi en 2020 en Bourgogne Franche-Comté

L’association GSC et la société Altares ont dévoilé la 5ème édition de l’Observatoire de l’emploi des entrepreneurs. Un panorama en demi-teinte.

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L’étude de GSC et d’Altares démontre que les entrepreneurs (industriels, artisans, commerçants, professions libérales) ne sont pas des "bedonnants en haut de forme assis sur un tas d’or" (l’image d’Epinal encore trop véhiculée).

En 2020, 1 263 femmes et hommes dirigeants d’entreprises ont perdu leur activité dans toute la région. Si les mesures prises par le gouvernement depuis le premier confinement ont protégé temporairement les dirigeants de la faillite, la reprise de l’activité économique va sonner la fin du “quoi qu’il en coûte” et mener de nombreuses entreprises à la case « liquidation judiciaire » dès la rentrée de septembre et encore plus en 2022.
Alors que certains groupes à la situation financière solide ont d’ores et déjà remboursé leur PGE (prêt garanti par l’Etat), il en va autrement des PME et TPE à la trésorerie fragile. Elles vont devoir amortir leur prêt sur cinq ans maximum, voire sur quatre ans pour celles qui ont obtenu un moratoire d’une année supplémentaire ; à partir de 2022, les échéances de remboursement vont donc mécaniquement gonfler et avec elles les difficultés de remboursement.

“Ils sont 1 263 femmes et hommes chefs d’entreprise à se retrouver sans activité en Bourgogne Franche-Comté, un niveau dramatiquement élevé”

Malgré une diminution de 27% du nombre d’entrepreneurs en situation de « chômage », la Bourgogne Franche-Comté reste fortement impactée par les chefs d’entreprise sans emploi. En Franche-Comté, 201 dirigeants d’entreprises du Doubs étaient en situation de perte d’emploi en 2020, 127 dans le Jura et 88 dans le Territoire de Belfort. C’est la Haute-Saône qui a connu le plus net recul comptabilisant 73 entrepreneurs en 2020 contre 133 en 2019.
Depuis plus de 40 ans, l’association GSC a pour mission d’informer et de sensibiliser les chefs d’entreprise sur les risques de leur situation et notamment de la perte de leur emploi. Gérée par les organisations interprofessionnelles (Medef, CPME et U2P) elle propose des contrats d’assurance pour indemniser les entrepreneurs qui perdent leur entreprise et leur emploi. Facultative, cette assurance ne remplit pas le rôle d’amortisseur social des Assedic, ce qui fait craindre à Anthony Streicher, le président de GSC, un raz-de-marée du chômage des entrepreneurs “Malgré un recul historique, ils sont 1 263 femmes et hommes chefs d’entreprise à se retrouver sans activité en Bourgogne Franche-Comté, un niveau dramatiquement élevé. Notre devoir est de sauver et de protéger tous les entrepreneurs qui créent de la richesse et des emplois dans nos territoires”.

La culture du risque…

Les organisations interprofessionnelles et la GSC souhaitent que le plafond et les conditions d’accès à l’allocation des travailleurs indépendants (ATI) soient modifiés jusqu’au premier semestre 2022. Le président de la GSC regrette que tous les dirigeants n’aient pas connaissance des filets de sécurité existants et des moyens de protéger leur famille et leurs revenus quand tout s’écroule. Il est vrai aussi que créer et développer une entreprise, ce n’est pas penser en priorité à se préserver. Par essence, un chef d’entreprise a la culture du risque. Il pense prioritairement à développer son activité, à investir et à créer et maintenir les emplois de ses collaborateurs.
L’étude de GSC et d’Altares démontre que les entrepreneurs (industriels, artisans, commerçants, professions libérales) ne sont pas des “bedonnants en haut de forme assis sur un tas d’or” (l’image d’Epinal encore trop véhiculée).
Quand ils perdent leur emploi, ils perdent aussi leur entreprise et doivent souvent assumer des dettes considérables…

Les dirigeants « seniors » et les TPE premières victimes de la crise

L’âge moyen des dirigeants d’entreprises perdant leur emploi dans la région est de 47,8 ans, soit un an de plus qu’en 2019. Après une liquidation judiciaire ou l’arrêt de leur entreprise, ces entrepreneurs expérimentés auront plus de difficultés à rebondir après un jugement qui brise parfois le travail de toute une vie.
Près de la moitié des entrepreneurs (592) employaient un à deux salariés mais ce sont les PME, souvent installées depuis de nombreuses années, qui ont connu la plus forte progression : 27 entreprises employaient plus de 50 salariés en 2020 contre seulement 3 en 2019. Ces PME, en période de crise, ne disposent pas de l’agilité nécessaire et de la trésorerie pour lutter.

Tous les secteurs sont concernés

Les chefs d’entreprises des secteurs de la construction, du commerce et des activités d’hébergement, restauration et cafés, concentrent à eux seuls les trois quarts des pertes d’emploi de dirigeants en Bourgogne Franche-Comté. 328 commerçants ont été placés en liquidation judiciaire en 2020 dans la région et 270 chefs d’entreprise dans le domaine de la construction. Dans l’hôtellerie et la restauration, ce sont 231 femmes et hommes dirigeants qui se sont retrouvés sans emploi en 2020. Les services aux entreprises n’ont pas été épargnés, 113 entrepreneurs de la région ont perdu leur activité.
“Un record de création d’entreprises, un nombre de défaillances au plus bas depuis 30 ans, ces chiffres remarquables ne doivent pas faire illusion” souligne Frédéric Barth, directeur général d’Altares. “En 2020, l’économie réelle a mis un genou à terre et les entrepreneurs se sont efforcés de tenir au prix d’efforts humains et financiers exceptionnels”.
L’horizon s’éclaircit pour les dirigeants d’entreprises. Avec la reprise économique, le risque financier et commercial va également se durcir et les situations de liquidations judiciaires augmenter en 2022.
“Sensibiliser chaque dirigeant à l’importance de se garantir contre la perte de son emploi est un enjeu social et économique majeur” concluent les analystes de GSC et d’Altares. Au-delà, c’est aussi tenter d’atténuer la double peine : une liquidation d’entreprise est un constat d’échec pour le dirigeant, c’est aussi le début d’une longue, très longue traversée du désert faite de cautions financières à assumer et du regard des autres !

Yves Quemeneur

 

Méthodologie de l’étude GSC-Altares

Les données sont issues de l’analyse des entreprises placées en liquidation judiciaire ayant fait l’objet d’une publication au Bodacc. L’analyse exclut les procédures de fermeture ou de liquidation amiable. Les entrepreneurs concernés sont les dirigeants statutaires des entreprises liquidées selon leur statut : artisans, commerçants, gérants, directeurs généraux et présidents. Les mandataires sociaux révoqués (sans qu’il y ait liquidation) ne sont pas concernés. Et si une entreprise liquidée est dirigée par plusieurs dirigeants statutaires, ce sont l’ensemble des postes qui sont comptabilisés en pertes d’emploi. A l’inverse, pour un dirigeant à la tête de plusieurs entreprises liquidées, l’étude ne retient qu’une seule perte d’emploi.