​L’invité de la semaine : Steve Gormally

Le nouveau porte-parole de la Confédération paysanne du Jura réagit sur des sujets d’actualité, comme la canicule. Et affiche une vision de l’agriculture à taille humaine et qualitative en décalage avec le modèle dominant. "Les fermes inscrites dans une démarche d’agriculture paysanne sont souvent diversifiées et le plus possibles, autonomes..."

52
Steve Gormally, le nouveau porte-parole de la Confédération Paysanne 39.

Steve Gormally, quelle est la raison d’être de la Confédération paysanne ?
Il s’agit d’un syndicat agricole dont le but premier est de défendre les paysans. Elle promeut l’idée de nombreuses fermes, des hommes et des femmes qui vivent décemment de leur métier. Les fermes inscrites dans une démarche d’agriculture paysanne sont souvent diversifiées et le plus possibles autonomes : par exemple pour l’alimentation du bétail élevé à la ferme, il peut s’agir de faire pousser en parallèle du fourrage mais aussi des compléments nutritionnels  (féveroles, pois, légumineuses…) remplaçant avantageusement du tourteau de soja importé.
Les apports en matière orga​​nique nécessaire à la vie des sols peuvent aussi être issus du fumier et du lisier produits par les bêtes : des circuits courts vertueux.

Dans quel contexte vous inscrivez-vous ?
Pour le renouvellement des élus aux chambres d’agriculture début 2019, notre syndicat s’est mobilisé pour construire un projet alternatif. Lors des élections, il a poursuivi sa progression et à conforté sa place de deuxième syndicat agricole. Toutefois le rapport de force est toujours déséquilibré et tous les pouvoirs, au sein de nos principaux organismes professionnels agricoles, restent aux mains d’un seul syndicat. Comment dans ce contexte réussir à faire entendre une vision différente de l’agriculture, qui soit plus tournée vers les enjeux d’avenir?

Comment appréhendez vous le dérèglement climatique ?
Sans être prévisionniste, je peux dire que l’on observe depuis quelques années des épisodes ou incidents climatiques intenses et de plus en plus fréquents : grêle, gel, fortes précipitations, sécheresse …
En tant que vigneron (installé à Passenans en bio, sur le domaine des Dolomies), je suis sans doute moins impacté par les effets liés à la sécheresse. Les sols argileux sur lesquels la plupart du vignoble est implanté, retiennent assez bien l’humidité et la vigne peut, dans une certaine mesure, s’adapter à des étés plus chauds. La question est plus épineuse pour des collègues éleveurs ou maraichers pour qui la ressource en eau est essentielle et souvent plus rare. Ici encore, je pense que les fermes qui s’en sortiront le mieux sont celles dont la taille est adaptée.

Que pensez-vous du projet de loi visant à rendre obligatoire les assurances pour la protection des récoltes ?
Sous nos latitudes, nous n’avons pas ou peu d’appréhension du risque naturel. Nous sommes donc peu préparés à l’anticipation de ces risques. Mais on ne peut pas obliger les gens à souscrire une assurance, et la confédération paysanne est opposée à la déresponsabilisation de l’ensemble des acteurs de la filière et de l’État, au profit des compagnies d’assurances. Ce serait pour moi une approche très capitaliste du problème, qui laissera inévitablement de coté nombre de paysans et paysannes pour qui cela représenterait une charge financière trop importante.
Pour les risques exceptionnels, la Confédération Paysanne propose la création d’un fond de mutualisation professionnel, encadré et cofinancé par l’État au niveau national.

Un projet vous tient il à cœur dans les mois à venir ?
Nous avons fait le choix d’accompagner la constitution d’un groupe des amis de la confédération. Cette association permet d’impliquer la société civile dans les enjeux portés par notre syndicat.
Dans ce cadre, des rencontres auront prochainement lieu à la « Fruitière à idées » à  Montain et à Dole (détails sur notre page Facebook). Nous pensons également proposer différentes fermes ouvertes au cours de l’automne, notamment dans la perspective de la PAC 2020.
Enfin, nous restons évidemment mobilisé sur le sujet toujours polémique, mais tellement crucial du foncier, pour permettre à de nouvelles fermes de voir le jour.

Contact : Facebook Conf Paysanne Jura
Propos recueillis par Stéphane Hovaere