​Les oubliés de la canicule obtiennent des résultats 

L'association lédonienne a obtenu l'état de catastrophe naturelle pour 204 communes et plus de 1500 maisons jurassiennes. Mais la partie n'est pas gagnée...

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Gérald Grosfillley (au centre) et les représentants des "Oubliés de la canicule" avaient défendus leur cause devant le Sénat en avril dernier.

L’association fondée après la canicule de 2003 par Gérald Grosfilley a remporté une victoire, mais pas la guerre : grâce à quatre arrêtés (dont le dernier en date du mois d’août), “les 204 communes sinistrées lors de la canicule de 2018 ont été reconnues en état de catastrophe naturelle” précise le président de l’association. Un sésame très attendu qui permettra à plus de 1500 maisons ou bâtiments de prétendre à des travaux de réparation parfois très onéreux : de l’ordre de “20.000 € pour l’injection de résine expansive, voire 130.000 pour la consolidation des fondations grâce à des micro-pieux” explique Gérald Grosfilley qui a en quelque sorte ouvert la boîte de Pandore. En effet, “la majorité du Jura (excepté les plateaux et le haut Jura) comprend des sols argileux” selon lui : une vraie poudrière dont le réchauffement climatique allume chaque année de nouvelles mèches. En 2018, des centaines de maisons se sont fissurées de Dole à Lons, en passant par Arbois, Val Sonnette ou Autume (lire encadré). Et les canicules de 2019 ont engendré de nouveaux dégâts qui ne seront chiffrés qu’en 2020. Autant dire que l’association ne chôme pas : “Nous comptons désormais près de 30.000 adhérents sur 22 départements (dont le Cher et l’Allier, les derniers arrivés)” relate le président investi et dévoué à 200% dans ce combat national. “Au début, personne n’y croyait, en particulier les élus locaux” souligne t-il. Mais face aux as​​surances et aux pouvoirs publics, le pot de terre a vaincu le pot de fer.

Des maisons invendables ou inhabitables

“La partie n’est pas encore gagnée” prévient toutefois Gérald Grosfilley, qui estime que “les assurances ont reçu des consignes nationales pour ne pas payer les préjudices, et inventent pour cela des excuses bidon”. L’association est prête à conseiller tous les sinistrés pour déjouer ces pièges : “ne faite pas venir le maçon du coin pour reboucher les fissures. Il faut demander à votre assurance une étude de sol G5 pour consolider les fondations”, seule solution pour remédier de manière pérenne aux mouvements de terrain. De gros enjeux en découlent : “Des particuliers qui ont travaillé toute leur vie pour se payer leur maison sont ruinés, car leur maison est invendable. Ceci concerne en particulier des aînés qui doivent vendre pour pouvoir partir en Ehpad. D’autres se sont ruinés l’hiver dernier pour chauffer une maison ouverte à tous les courants d’air. Une maman m’a même appelée en pleurs, car un mur risque de s’effondrer dans la chambre de sa fille”. Autant de drames humains peu pris en compte par les élus locaux selon Gérald Grosfilley, qui mène sa croisade avec peu de d’aides, l’obligeant même à payer les frais de déplacement ou de correspondance de sa poche. Mais le lédonien ne désarme pas : l’association a embauché un expert indépendant, Marc Pepci, et un cabinet d’avocats pour venir en aide à ses adhérents. Seule condition pour en bénéficier : adhérer à celle-ci et devenir bénévole pourquoi pas.

Contact : Les oubliés de la canicule Gérald Grosfilley 520A rue du docteur Jean Michel 39000 Lons le Saunier.

Une épidémie de fissures

Pour la seule année 2018, l’association a recensé des centaines de maisons fissurées dans le Jura  : 75 à Dole, 60 à Tavaux, 55 à Lons, 50 à Petit Noir, 31 à Autume, 23 à Choisey, 21 à Val Sonnette, 15 à Arbois, etc.

Une épidémie de fissures a lézardé plus de 1500 maisons jurassiennes (comme ici à Perrigny, à côté de Lons).

Quel avenir pour les maisons du Jura ?

Face à des dommages chiffrés en millions d’euros pour le seul Jura, il est possible que les assurances ne puissent un jour plus payer. Un risque non éludé par Gérald Grosfilley, qui estime que chacun pourrait un jour être amené à souscrire une assurance spéciale couvrant ce type de dommages. Autre levier pour prévenir plutôt que guérir : rendre obligatoire une étude de sol (moyennant 3000 à 4000 € à la charge du maitre d’ouvrage) avant toute construction. Ce qui éviterait par exemple de construire sans précautions des lotissements entiers sur des terrains argileux, comme l’association le déplore…